Club de minéralogie de Chamonix

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Minéralogie des Vosges



Panorama sur la minéralogie du Massif Vosgien

Alain Martaud (2012 - bulletin n° 62)


Préambule

Dans le Bulletin du Club n° 60, août 2010, j’avais présenté la minéralogie du Bassin Parisien, une « immensité géologique » méconnue à ce point de vue. Je vais à présent vous parler d’une région au passé minéralogique prestigieux : le massif vosgien et ses bordures, à savoir, le fossé Rhénan, puisque, nous le verrons plus loin avec la géologie, ces deux entités sont indissociables.

Comme je l’avais expliqué précédemment, j’ai passé mon enfance entre Metz et Nancy et j’ai donc débuté la minéralogie au club Alast, puis Géolor : le massif vosgien constituait notre terrain de jeu préféré (voir aussi mon interview dans le Règne Minéral n° 100). J’y ai appris aussi la spéléologie et l’archéologie minières auprès de mon ami Jacques Grandemange et toute une bande de copains que je fréquente toujours, trente ans plus tard !


Géographie et géologie

Les Vosges sont un massif montagneux situé au nord-est de la France. En fait, c’est la partie française d’un massif plus vaste, formé par les Vosges et la Forêt Noire en Allemagne, séparés par une profonde dépression à cheval sur les deux pays : le fossé Rhénan ou plaine d’Alsace.

Cette montagne a toujours été une frontière, dès le Moyen-Âge, car les rois s’y disputaient, entre autres, la propriété de riches mines… Pour les Vosges, le point culminant est le Grand Ballon qui atteint 1 424 m d’altitude. Le côté Forêt-Noire est globalement plus élevé ; jusqu’à 2 000 m. La plaine d’Alsace est très basse, puisque le Rhin se situe à 250 m au Sud et 75 m au Nord.

Les dénivellations ne sont donc pas insignifiantes, avec parfois des pentes très fortes côté Alsace ; le massif est dissymétrique, avec des pentes plus douces côté Bassin Parisien. Le Rhin, qui prend sa source dans les Alpes, est l’un des fleuves les plus puissants d’Europe, il draine la plaine d’Alsace. Les Vosges gardent un caractère sauvage avec leurs sommets en forme de ballons, leurs lacs, et leurs grandes forêts. La plaine d’Alsace est connue pour son vignoble, ses villages pittoresques, sa gastronomie, mais aussi son dynamisme économique.

Le massif est à cheval sur trois régions (Alsace, Franche-Comté et Lorraine) et sept départements (54 = Meurthe-et-Moselle, 57 = Moselle, 67 = Bas-Rhin, 68 = Haut-Rhin, 70 = Haute-Saône, 88 = Vosges, 90 = Territoire de Belfort).

L’histoire géologique du massif, comme celle du fossé, est très longue et très complexe. Elles s’étalent du Précambrien récent au quaternaire. Au point de vue lithologique on a un grand ensemble gréseux triasique, principalement au nord-ouest, côté Bassin Parisien ; un imbroglio de granitoïdes et gneiss au centre qui s’agrémente une série volcanique acide de la fin du Paléozoïque au Sud ; et des roches sédimentaires secondaires et surtout tertiaires dans le fossé Rhénan. L’orientation générale du massif est un patatoïde nord nord-est sud sud-ouest ; le fossé étant rigoureusement parallèle à cette direction.

Les signes de l’orogenèse Calédonienne ne sont pas très visibles dans cette région et on ne sait donc pas grand chose de l’histoire très ancienne du massif. Par contre, il y a 360 Ma, à l’orogenèse hercynienne, les Vosges se situaient dans la zone appelée « moldanubienne », véritable axe de la cordillère de l’Europe moyenne. On estime que ces montagnes devaient être plus hautes que l’Himalaya ! Après cet épisode multiphasé et très violent, vient le temps de l’érosion au Permien et à la base du Trias (Buntsandstein, ou grès des Vosges).

La chaîne de montagnes est presque arasée (pénéplaine). Il faut imaginer un paysage très plat, avec un large delta fluviatile. Des stégocéphales, grands amphibiens, vivent au milieu d’une végétation clairsemée d’arbustes, Voltzia, conifères et fougères…

Au Jurassique les transgressions marines envahissent toute la zone, déposant marnes et calcaires. Au Crétacé la zone émerge probablement et est soumise à l’érosion.

À l’ère tertiaire, l’Europe va se déchirer selon un axe nord-sud : le fossé rhénan va se former par effondrement, séparant en deux la montagne originelle avec à l’ouest, les Vosges et à l’est, la Forêt-Noire. Cette déchirure se prolonge au sud par le fossé bressan et le sillon rhodanien. Le fossé lui-même se prolonge bien au nord de Strasbourg par une dépression qui va jusqu’à Frankfurt-sur-le-Main. D’autres fossés sont connus, plus au nord de l’Europe, jusqu’à Oslo. Il s’agit d’un rift avorté, c’est-à-dire que la croûte continentale s’est étirée, le moho* est remonté très haut, un océan a failli se former et séparer l’Europe en deux ! Corrélativement à cet effondrement, les épaulements vosgiens et de Forêt-Noire se sont surélevés, réactivant fortement l’érosion. Dans le fossé, des dépôts marins s’accumulent sur de grandes épaisseurs, devenant ensuite laguno-saumâtres, avec la formation du fameux bassin de sels potassiques à Mulhouse.

On y connaît aussi le volcanisme, côté allemand, avec le très singulier Kaisersthul* formé de carbonatites*, des laves au chimisme anomalique carbonaté. À la fin du Tertiaire, un régime fluviatile s’instaure qui perdure de nos jours avec cet immense fleuve qu’est le Rhin.

À l’ère quaternaire, une partie du massif vosgien sera recouverte de grands glaciers. Ces glaciers ont fortement influé la morphologie actuelle du massif.

De manière concordante à l’effondrement du fossé, les failles bordières et fissures adjacentes, vont se remplir de minerais sous l’action de la circulation de fluides minéralisateurs*1 qui vont lessiver et remobiliser les stocks métalliques sans doute présents en nombre dans le socle hercynien. Ainsi, une partie des gîtes filoniens des Vosges, dont l’Altenberg, à Sainte-Marie-aux-Mines, la Croix-aux-Mines et Steinbach, ne sont pas hercyniens comme on le pensait, mais oligocènes !

J’espère que les spécialistes me pardonneront cette simplification outrancière et imagée de la géologie des Vosges, mais une thèse de cent pages ne suffirait pas à décrire correctement ce massif…


Histoire des mines et de la minéralogie

L’abondance de filons métalliques, petits mais localement très riches, a fait des Vosges un haut lieu de l’histoire minière. La proximité du « monde minier germanique » (Bohême, Saxe, Harz), l’un des plus grands berceaux de l’industrie minière, a facilité la diffusion des techniques propices à conduire de bonnes exploitations minières.

On ne sait pratiquement rien d’exploitations minières antiques dans les Vosges, si ce n’est que l’on vient de trouver des restes d’une fonderie gallo-romaine à l’Altenberg, Sainte-Marie-aux-Mines. Par contre, dès le 9ième siècle des textes historiques font référence à diverses exploitations, particulièrement dans le secteur de Sainte-Marie-aux-Mines. L’archéologie minière, après trente-cinq ans de patientes recherches, a prouvé de manière irréfutable l’existence de ces mines au Silberwald (Munster) et à l’Altenberg (Sainte-Marie-aux-Mines). Contrairement aux idées reçues que ces mines n’étaient que des fosses profondes et désorganisées, on sait maintenant que des galeries organisées couraient dans les profondeurs de la montagne.

Ainsi, au Vallon Saint-Philippe (Sainte-Marie-aux-Mines), j’eus la chance, en 1983, d’être le premier à fouler l’une de ces galeries, au profil ogival caractéristique, d’à peine un mètre de haut*2. Au sol, une émouvante trace de pas dans la boue, laissée par un mineur du 18ième siècle, sans doute curieux, était encore visible : un souvenir inoubliable… les galeries étaient creusées principalement par la technique du feu*3 qui devait, sans doute, poser de gros problèmes d’aération. Les techniques étaient rudimentaires, mais déjà réfléchies. Il faut dire que c’est l’argent que l’on recherchait en ces lieux et que l’argent, au Moyen-Âge, permettait de « battre monnaie ». Donc, posséder une mine d’argent, cela voulait dire « richesse et pouvoir » ! C’est d’ailleurs pour cette raison que des textes relatifs à ces mines existent : seigneurs et ecclésiastiques tenaient à revendiquer telle ou telle propriété d’un filon, d’une fonderie. À la fin du 14ième siècle, l’industrie minière va prendre un essor considérable, toujours sous l’influence du monde germanique. L’apogée des mines se situe dans la première moitié du 16ième siècle que l’on peut comparer à une véritable ruée vers l’argent.

Rien que dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, on compte plus d’une centaine de mines, avec des milliers de mineurs et des dizaines de milliers d’habitants. Les techniques d’exploitation sont très évoluées. C’est la période du fameux traité « De Re Metallica » de Georgius Agricola*4. Plusieurs documents d’époque concernant les Vosges sont connus, le plus extraordinaire est le graduel de Saint-Dié qui dépeint, au travers d’enluminures, la « Rouge Myne Saint Nicolas » à La-Croix-aux-Mines.

Très rapidement, les filons sont dépilés jusqu’au niveau le plus bas des vallées et il faut continuer en profondeur, sous les rivières ! Pour cela, on invente des pompes en bois, cuir et joint d’argile, d’une grande complexité, mais vraisemblablement efficaces : on peut descendre exploiter à plusieurs centaines de mètres ! C’est une véritable prouesse technologique pour l’époque. Mais rappelons que le jeu en vaut la chandelle : la production d’argent est très importante et l’on se situe juste avant l’arrivée des immenses richesses des Amériques… C’est aussi l’époque des premières descriptions minéralogiques faites par les chroniqueurs miniers : l’argent rouge (proustite), argent vierge (argent natif), argent merde d’oie (cérargyrite). Prechter raconte, en 1602 avec beaucoup de détails, qu’un mineur a récolté, en 1581, une masse d’argent natif « qui avait la forme d’un homme couvert d’une armure. L’argent se présentait comme si on avait entassé des branches de sapin, des plumes, des herbes frisées et des fleurs ». l’ensemble pesait 2 370 marcs, soit le poids hallucinant de 492 kg ! On peut considérer qu’il s’agit-là de la naissance de la minéralogie dans les Vosges, même si les mineurs avaient d’autres préoccupations que les nôtres et ne perdirent pas un gramme à la fonte de cet échantillon…

À cette époque-phare d’exploitation du 16ième siècle, les centres d’exploitation sont nombreux dans les Vosges.

Tout d’abord vient le célèbre Sainte-Marie-aux-Mines. À l’Altenberg (Vieille Montagne*) on exploite toujours les gros filons de galène argentifère, entamés dès le 9ième siècle. La profondeur atteint 250 m sous le niveau de la rivière ! C’est au tour du Neuenberg (Nouvelle Montagne) d’être exploité pour ses nombreux filons de cuivre gris argentifère, galène argentifère, argent natif et argents rouges. De l’autre côté de la rivière Liévrette, les ducs de Lorraine s’enrichissent avec les filons de cuivre gris argentifère du versant lorrain. Ils disputent cette propriété aux seigneurs de Ribeaupierre, vassaux de la Maison d’Autriche. Dans la ville même, quelques filons complexes sont vidés, car ils contiennent de grandes quantités d’argent natif et d’argents rouges, participant à la légende du district minier ! Pour en savoir plus, je recommande la lecture de l’excellent livre « Sainte-Marie-aux-Mines, les mines du rêve » de Pierre Fluck, un grand géologue minier et historien des sciences.

À proximité de Sainte-Marie, côté vosgien, le gros filon de La-Croix-aux-Mines, exploite la galène argentifère enrichie de passées à argents rouges. Le secteur de Steinbach*, près Cernay, a été l’objet d’énormes travaux sur les filons et les amas de plomb argentifère. On peut en savoir plus en allant visiter la magnifique mine touristique Saint-Nicolas, œuvre du Club de Minéralogie des Potasses d’Alsace, soutenu par la mairie !

Dans le Territoire de Belfort et en Haute-Saône, Giromagny est un autre énorme centre productif d’argent ; presque comparable à Sainte-Marie-aux-Mines. Il y a également, Auxelles-Haut, Plancher-les-Mines et Melisey, qui forment un centre productif.

À l’ouest, le cuivre est produit par les mines de Château-Lambert. Si vous passez par là l’été, vous pourrez visiter avec profit les Hautes-Mynes au Thillot.

La région de Munster et celle du Val de Villé exploitent aussi argent, cuivre et plomb.

Au nord, le secteur de Framont – Grandfontaine est une grosse mine de fer très réputée. Enfin, tout au nord, à la frontière allemande, la région de Lembach produit du plomb argentifère.

L’épuisement des filons, l’arrivée de l’argent et de l’or des Amériques, des catastrophes (inondations, incendie), et l’invasion des troupes suédoises*, conduisent à l’arrêt inexorable des mines vosgiennes. La pénurie de bois, due à l’utilisation minière et métallurgique, est un autre facteur non négligeable. Les gravures de l’époque nous apprennent que les Ballons des Vosges sont chauves ; ce que l’on a peine à croire en voyant les forêts d’aujourd’hui ! À Sainte-Marie-aux-Mines, on résistera jusqu’au début du 17ième siècle avec l’espoir de retrouver un riche filon d’argent vierge. À partir du milieu du 18ième siècle, les prémices de la révolution industrielle crée une demande de métaux et un élan économique sans précédent. Le massif vosgien n’échappe pas à la règle et c’est la valse des concessionnaires : tout le monde pense faire fortune en rouvrant les si célèbres mines du 16ième siècle…

Les désillusions sont, la plupart du temps, cruelles et coûteuses. Pourtant la généralisation de l’usage de la poudre permet d’autres performances que la technique manuelle « marteau-pointerolle » utilisée jusqu’à la fin du 16ième siècle. Les machines à vapeur apportent également de nouvelles perspectives. Mais partout, les mines recoupent des travaux anciens et l’on constate avec amertume que les mineurs des siècles passés ont fait un travail particulièrement méticuleux…

Il nous reste de ces époques d’importantes archives, très précises, qui ont été utilisées avec profit lors des campagnes d’archéologie minière. Les ingénieurs des mines de cette période sont sensibles à la minéralogie et l’on peut lire des descriptions remarquables des beaux minéraux trouvés dans ces mines. Ainsi, les échantillons des gisements de Sainte-Marie-aux-Mines, Framont, La Croix-aux-Mines et Giromagny acquièrent-ils une grande réputation par delà les frontières ; tous les cabinets d’histoire naturelle se doivent d’en posséder. La minéralogie de collection est née dans les grandes régions minières : Cornouailles et Cumberland, pour l’Angleterre ; Saxe, Bohème et Harz, pour l’Allemagne ; et les Vosges, entre autres, pour la France.

Monnet* décrit les beaux cristaux de pyromorphite verte et les cristaux de cérusite de La-Croix-aux-Mines. Il raconte même qu’il y a vu des géodes, en 1765 et 1768, d’où furent extraits de beaux spécimens.

Vers 1740, on découvre du pétrole à Pechelbronn, dans le nord de la plaine d’Alsace. Immédiatement, une exploitation ouvrit, en faisant l’une des plus vieilles au monde pour les hydrocarbures. Quelques temps plus tard, on sait, grâce aux écrits du minéralogiste Guettard* et du chimiste et minéralogiste Lavoisier*, que les mines d’anthracite de Ronchamp, en Haute-Saône, sont largement exploitées.

Au 19ième siècle, l’expression populaire « même motif, même punition », est parfaitement adaptée pour résumer la situation minière des Vosges. Cependant on recherche d’autres métaux, ce qui donne lieu à l’ouverture de nouvelles mines. La géologie et les techniques d’exploitation font des progrès qui contribuent aussi à créer de nouvelles exploitations. On continue de fonder de grands espoirs sur Sainte-Marie-aux-Mines, mais seule l’exploitation de mines de plomb à l’Altenberg connaît un bon succès (si l’on se place du point de vue des ouvriers, pas de celui des actionnaires qui y perdront tout !). On exploite aussi le cobalt au filon Chrétien au Neuenberg.

Le Gros Filon de La-Croix-aux-Mines, certaines mines de Giromagny, ou bien la mine Saint-Nicolas à Steinbach, continuent d’être exploités et d’être quelque peu rentables. On recherche la stibine* à Charbes. On exploite le manganèse et le fer à Saphoz, en Haute-Saône.

Daubrée* écrit la première synthèse minéralogique sur le massif.

Cet élan va se prolonger au 20ième siècle, jusqu’à la guerre de 14-18. La découverte la plus notable est celle du bassin potassique de Mulhouse, qui est dès lors activement exploité. L’entre-deux-guerres sera d’un calme rare, si ce n’est la recherche de molybdène dans les mines de cuivre de Château-Lambert ; et toujours l’exploitation du Gros Filon à La-Croix-aux-Mines. La découverte la plus importante au point de vue minéralogique, est le filon de tétraédrite Saint-Sylvestre, à Urbeis. On va y découvrir toutes sortes de cristaux remarquables qui vont être étudiés par le grand cristallographe Henri Ungemach*.

Pendant la deuxième guerre mondiale, l’arsenic natif est exploité à la mine Gabe Gottes*, filon Saint-Jacques, Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines. C’est sans doute la seule mine au monde jamais exploitée pour ce métal à l’état natif.

Dans les années soixante, le BRGM lance des campagnes de prospections dites « stratégiques ». quelques rares compagnies lui emboîtent le pas. Les résultats sont particulièrement intéressants sur le plan géologique et minéralogique, mais plutôt décevants sur le plan du potentiel minier. On découvre des indices uranifères à Kruth, Château-Lambert et les mines de Ronchamp. Le tungstène est découvert dans les mines de fer de Framont ; le molybdène au Ballon de Servance ; nickel et cobalt au Silberwald ; le bismuth au Brézouard, juste au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines. La barytine et la fluorite ne sont pas en reste, mais peu d’indices seront exploités : Le Val d’Ajol et surtout la mine de Maxonchamp qui restera, avec les potasses, la dernière mine exploitée du massif.

La seule découverte notable est un pourcentage non négligeable de fluorite dans les sédiments permiens du bassin de Saint-Dié, mais à trop faible teneur pour envisager une exploitation. Les galeries de recherches pour fluorite et baryte du Val d’Ajol seront rapidement abandonnées. En fait, toutes ces recherches aboutiront à des échecs. Une grande période pour la minéralogie va débuter. À la suite de quelques géologues qui s’intéressent à la minéralogie – Geffroy, Sainfeld, Weil, Pierrot – va s’initier un mouvement amateur particulièrement enthousiaste, dès 1964, où une entrée de mine à Sainte-Marie est désobstruée simplement par curiosité : la spéléologie minière est sans doute née dans les Vosges ! La forte personnalité de François Lehmann va vite s’imposer : il crée l’association « Amis des Anciennes Mines », puis une « journée minéralogique » qui deviendra plus tard la bourse minéralogique que l’on connaît, la troisième du monde en terme d’importance !

Des premiers collectionneurs vont fréquenter les mines et faire des découvertes plus ou moins importantes. Au nombre de celles-ci on peut évoquer les chalcopyrites de la mine Armée Céleste à Sainte-Marie, les grenats de Raon-l’Étape, ou bien les extraordinaires fluorites bleues de la mine Moritz 2 à Sewen. Dans le filon Saint-Jacques, les explorateurs découvrent des cristallisations en oursins qui tapissent les parois des galeries riches en arsenic natif. Il s’agit d’arséniates calco-magnésiens de néoformation ; on découvrira une dizaine d’espèces nouvelles qui accompagnent la picropharmacolite dont les plus belles cristallisations connues seront récoltées. 

Les premiers abus de récoltes naîtront aussi à cette période, conséquence d’un acharnement passionnel et aussi de la valeur grandissante des spécimens, vu l’intérêt qu’on leur porte. La naissance de l’« écologie anti-minéralogiste » a eu, sans doute, lieu aussi dans les Vosges ; on s’en serait bien passé…

En 1980, les premières fouilles d’archéologie minière naissent officiellement et sont intégrées au programme national H27 « Mines et Métallurgie de la France Médiévale ». pendant dix ans, le massif jouera un rôle de pionnier en Europe pour cette discipline.

Le Bulletin « Pierres et terres » relate depuis le milieu des années 70, les découvertes archéologiques, spéléologiques et minéralogiques faites dans le massif vosgien. Des mines vont être aménagées au tourisme, des musées vont se créer, d’autres atteindront une grande notoriété, comme La Moineaudière.

Hubert Bari soutiendra une thèse sur la minéralogie du Neuenberg à Sainte-Marie en 1980. En 1995, le Docteur Jean-Luc Hohl publie le magnifique ouvrage, hélas épuisé, « Mines et Minéraux du massif Vosgien ». il récidivera en 2007 avec « Le Grand Livre des Minéraux d’Alsace » dont je recommande la lecture, non seulement pour la minéralogie descriptive, mais aussi pour le très audacieux chapitre final sur la notion de patrimoine minéralogique !

Il faut dire que la décennie 90 sera quelque peu cauchemardesque dans les Vosges : des extrémistes anti-minéralogistes iront très loin et détruiront l’ambiance extraordinaire qui y régnait. On connaît les répercussions de ce mouvement dans lequel il faut trouver les racines de l’affaire « La Gardette ».

Avec l’arrivée du troisième millénaire, les choses ont changé. Les minéralogistes se font discrets, mais n’en sont pas moins efficaces. Des projets aboutissent, comme le parc minier Tellure ou la mine Saint-Nicolas à Steinbach. D’autres sites disparaissent, comme La Moineaudière, dont les collections sont vendues aux enchères. La Bourse de Sainte-Marie, événement incontournable, se professionnalise et devient Eurogem et Eurominéral. Les deux dernières mines actives ferment : Maxonchamp et Amélie 2 à Mulhouse. L’archéologie s’est un peu calmée et recentrée sur des sites importants, comme l’Altenberg (Sainte-Marie), Steinbach, ou Le Thillot.

On aurait pu espérer un calme relatif et la continuation tranquille de la minéralogie du massif vosgien, mais en 2012, à l’heure où sont écrites ces lignes, c’est le coup de théâtre : La Cour des Comptes épingle la gestion du Parc Minier Tellure à Sainte-Marie, et la mairie reprend à son compte, en quelques mois, l’organisation de la bourse Eurominéral, créant une affaire sans précédent dans l’histoire de la minéralogie française. L’avenir nous dira les conséquences de ce nouvel épisode vosgien qui serait rocambolesque, s’il n’était pas potentiellement dramatique…

Depuis des siècles, l’extraction des pierres de construction, est très importante dans les Vosges. De nombreuses carrières exploitent, ou ont exploité, le grès rose des Vosges, les granites, le grès de Rouffach*5, les calcaires et roches métamorphiques dures (trapp) pour le ballast. Le gypse a été aussi exploité, ainsi que les graviers des cours anciens, ou actuels, du Rhin et de ses affluents. Ces mêmes graviers ont fait l’objet d’une récupération artisanale d’or depuis l’Antiquité.  Le savoir faire et la tradition des carriers des granites sont très ancrés dans certaines vallées vosgiennes.

C’est dans l’un de ces sites, que s’est ouvert dernièrement le centre de géologie « Terræ genesis », musée vivant de la roche et des minéraux. Si vous passez près de Remiremont, n’hésitez pas à venir visiter ce site touristique original.

Après cette rapide histoire des mines et de la minéralogie, nous allons nous intéresser aux plus grandes espèces minérales du massif. Encore une fois, que les spécialistes pardonnent cette simplification outrancière et donc forcément partielle, presque irrespectueuse du travail merveilleux qui s’est accompli dans les entrailles de la Terre : le Travail des Mineurs ! Glück Auf !


Description des espèces minéralogiques principales du massif vosgien.

Il ne s’agit pas d’un inventaire patrimonial exhaustif, mais d’un panorama sur les espèces spectaculaires, abondantes, curieuses ou encore rares. Certains minéraux seront regroupés par commodité.

Agardite : Le pôle yttrium est présent au Val d’Ajol et au filon Saint-Jean de Sainte-Marie-aux-Mines. Le pôle à lanthane est connu au filon Saint-Daniel de Giromagny.

Allophane : Cette curieuse espèce est connue en très belles coulées bleues de néoformation à la mine Saint-Daniel de Giromagny.

Ambre : Ce minéral de la classe organique a été trouvé en galettes aplaties pluricentimétriques dans les schistes bitumineux de Pechelbronn.

Anglésite : Elle est connue en microcristaux dans plusieurs gisements vosgiens. Celui de la mine Solgat de Giromagny a fourni de beaux échantillons qui font le bonheur des amateurs de micros. Des cristaux centimétriques à faces courbes ont été signalés à Anselkopf, Steinbach, sans être retrouvés.

Ankérite : Ce carbonate est souvent mal déterminé : dans les Vosges cette espèce a fait l’objet de publications anciennes. En effet, elle forme de spectaculaires cristallisations blanches ou beiges en « pommes de pin » à Framont et à Sainte-Marie-aux-Mines. Il s’agit de périmorphoses de scalénoèdres de calcite, hérissées d’une myriade de petits rhomboèdres, formant des échantillons attrayants et connus depuis près de deux siècles. Ce minéral forme aussi des cristallisations notables à la mine Erzgrubenthal à Wattwiller.

Annabergite : Elle est connue en enduits terreux vert clair en divers points de Sainte-Marie-aux-Mines, comme produit dérivé des sulfures de nickel et cobalt. Très rarement, elle a coloré des aragonites en vert.

Aragonite : Cette espèce est célèbre dans le massif. Lacroix disait lui-même que les cristaux de Framont étaient équivalents aux fameuses « flèches d’églises » du Cumberland (Angleterre). De beaux échantillons de cette époque lointaine sont encore conservés dans les musées. Les gerbes peuvent atteindre 8 cm. Quelques-unes, plus modestes, ont été retrouvées dans les haldes récemment.

De petits cristaux primaires identiques ont été récoltés, implantés sur la sidérite à l’Altenberg, Sainte-Marie-aux-Mines.

La mine de fer Herrenstube, près des mines de plomb de Steinbach, est réputée pour les très jolies gerbes de cristaux pointus.


L’aragonite s’étale en extraordinaires cristallisations sur les plafonds, parois et même sol des vieilles galeries de mines. Elle s’est formée dès l’arrêt des travaux. À l’Altenberg (Sainte-Marie-aux-Mines), des bouquets de 25 cm ont poussé en 200 ans. L’appellation « coraloïde » de ces aragonites donne une bonne idée sur les formes spectaculaires qu’elles peuvent prendre : bouquets, anthodites* (fleurs), fistuleuses, doigts de gants, et toutes sortes d’autres, toutes plus jolies les unes que les autres ! les coloris vont du blanc immaculé, au beige (inclusions d’argiles), au bleu (cuivre), rouge (fer), noir (manganèse), au vert (nickel) et jaune (plomb).

Les mines de l’Altenberg et certaines mines du Neuenberg, à Sainte-Marie-aux-Mines, en sont particulièrement riches, avec des spécimens d’une grande beauté. Les mines de La Croix-aux-Mines ont fourni de belles aragonites blanches, des bleues et de très belles jaunes. Il y en a aussi à Giromagny, Steinbach et d’autres…

Argentite : Bien que ce minéral rare ait été abondant à Sainte-Marie-aux-Mines au point de former des filons (!) il ne semble qu’aucun beau spécimen ne soit conservé ou n’ait été retrouvé.

Argent natif : Il s’agit d’un minéral de légende, celui de la fortune des mines du Moyen-Âge.

Pour Sainte-Marie-aux-Mines, les découvertes modernes ne concernent que le domaine de la microminéralogie ; principalement dans les mines Saint-Guillaume et les mines du filon Saint-Jacques. On est loin des blocs de cristaux et arborescences de 492 kg décrits dans les vieilles chroniques minières. Quelques échantillons historiques sont conservés dans les musées, mais ce ne sont que de pâles copies des merveilles disparues : arborescences, filaments ou sapins de quelques centimètres. Des blocs de 30 kg ont été signalés à La Croix-aux-Mines. Il est connu à Plancher-les-Mines et, sans doute, à Giromagny.


Argentopyrite : Ce très rare sulfosel d’argent a été identifié sur des échantillons de la fin du 18ième siècle (mine Saint-Guillaume, Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines) en cristaux centimétriques déformés, à l’éclat argenté caractéristique.

Arséniates calcomagnésiens : Les galeries creusées sur les filons Saint-Guillaume et surtout Saint-Jacques au Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines, ont été le théâtre de la néoformation d’un cortège d’espèces minérales issues du lessivage des masses d’arsenic natif (qui seront évoquées ci-après). La mine GiftGrube, avec ses diverses nouvelles espèces minérales, est un lieu exceptionnel et certains géologues ont proposé la création d’un géotope. En tout, ce sont quatorze espèces minérales, dont sept ont pour gisement-type, le filon Saint-Jacques !

La plus célèbre est la picropharmacolite qui forme de beaux oursins blancs jusqu’à 2 centimètres de diamètre, ou des boules jusqu’à 3 centimètres, parfois sur de grandes surfaces. Le site est toujours considéré comme le meilleur gisement mondial.

La pharmacolite y est abondante en baguettes translucides fibroradiées, exceptionnellement en baguettes transparentes de plusieurs centimètres, peut-être les meilleures connues pour l’espèce.

L’hœrnesite y forme des boules plâtreuses blanches de plusieurs centaines de grammes, ce qui est exceptionnel pour ce minéral rarissime.

La fluckite et la sainfeldite forment d’élégants oursins rose clair.

On y trouve encore l’haidingerite, la weillite, la phaunouxite, la rauenthalite, la guérinite, la ferrarisite, la talmesite, la rœsslerite et enfin la mcnearite, qui forment toutes globalement, des oursins, aiguilles ou petites boules blanches ou grises.

Arsenic natif : C’est un minéral relativement rare dans le monde, sauf à quelques endroits où il est localement abondant au point de former un filon, comme à Pribram, Polha et… Sainte-Marie-aux-Mines. En effet, le filon Saint-Jacques au Neuenberg a même été exploité pour cela. On l’a trouvé en blocs jusqu’à 30 kg.

La grande solubilité de l’arsenic est à l’origine des morceaux aux formes curieuses trouvés dans les tas de minerai sous terre.

Une autre forme curieuse est l’arsenic bacillaire, mélange de longues aiguilles d’arsenic et de calcite : par dissolution à l’acide, on obtient de véritables curiosités géologiques. On connaît de rares dendrites d’arsenic ; peut-être des pseudomorphoses d’argent natif ?

Les masses mamelonnées ou les boules isolées constituent un classique du genre, mais peu fréquent.

Enfin, le plus rare, est la présence de cristaux prismatiques de plusieurs centimètres. Les échantillons conservés à l’ENSMP sont considérés par les spécialistes comme les meilleurs connus pour l’espèce.

Azurite : Elle est abondante en microcristaux dans de nombreux gisements du massif. Elle forme des boules et masses botryoïdales centimétriques dans les mines d’Anozel et Triembach au Val. Elle est abondante en tapis de microcristaux au filon Saint-Jean, Sainte-Marie-aux-Mines. Le petit gîte d’Osenbach montre de jolis cristaux qui atteignent parfois le centimètre. La mine de fluorite de Maxonchamp a fourni de rares cristaux dont l’un dépasse les deux centimètres ; ce spécimen est exposé au musée minéralogique de Guebwiller.


Babingtonite : Ce minéral relativement rare et prisé a été découvert récemment en cristaux jusqu’à 1,3 cm dans le massif de Rossberg (LRM n° 104). Elle accompagne de jolies prehnites. Elle apporte la preuve que les découvertes sont toujours possibles dans le massif vosgien.

Baryte : Ce minéral très courant est, curieusement, peu représenté dans le massif. Il y est pourtant fréquent dans les gangues des filons et a même fait l’objet d’exploitation au Val d’Ajol ou à Rombach-le-Franc.

Des cristaux, assez petits, mais parfois très jolis, sont connus à Kronthal, Hersbach, Rimbach, Sewen, ou Rombach-le-Franc. De jolis petits cristaux en sifflets, sur sidérite et galène, ont été récoltés à Mines-de-Plomb, Altenberg, Sainte-Marie-aux-Mines.

Des cristaux, type Cumberland, sont signalés par les écrits anciens aux mines de fer de Framont. À Bergheim, de belles lames blanches peuvent accompagner la fluorite mauve, formant parfois de véritables fleurs ; plus rarement, ce sont des livres ouverts verdâtres de cristaux tabulaires jusqu’à 5 cm. À Steinbach, des lames blanches aux contours gris rosé accompagnent la sphalérite. À Thann, les spécimens crêtés de plusieurs centimètres sont, sans doute, les plus significatifs des Vosges.

Signalons enfin des cristaux à Houppach qui sont entièrement recouverts de mini quartz alpins ! Les belles agates du Haut-du-Them montrent des pseudomorphoses de baryte.

Bertrandite : Elle est signalée à Framont parmi la paragénèse à béryllium du skarn entourant le gîte d’hématite.

Bismuthinite : De nombreux indices à bismuth existent dans les Vosges et la Forêt-Noire. Celui de Kruth montre de rares aiguilles flexueuses de ce sulfure peu courant.

Bournonite : Elle est curieusement peu fréquente malgré les innombrables filons de galène argentifère présents dans les Vosges. Les plus remarquables sont de beaux cristaux de 1 à 3 centimètres, brillants et riches en faces, abondamment décrits et dessinés dans les publications du début du 20ième siècle. Ils ont été trouvés au filon Musloch dans le district de Sainte-Marie-aux-Mines, mais la gangue, contenant de la marcasite, n’a pas permis la conservation des spécimens.

Calcite : Elle est évidemment très abondante dans de nombreux gisements. Signalons les « têtes de clous » des mines de fer de Framont, celles d’Auxelles-Haut et Plancher-les-Mines, ou les scalénoèdres hématoïdes des carrières de Raon-l’Étape.


Les carrières de calcaire de la plaine d’Alsace recèlent des cristaux comme à Bouxwiller, Tagolsheim et Argiesans. Celle de Durlinsdorf se distingue tout particulièrement avec de beaux cristaux à fantômes, de 5 cm et plus, formant des hérissons parfois métriques !


Ce sont les exploitations de Sainte-Marie-aux-Mines qui ont été les plus prolifiques en cristaux aux formes particulièrement variées. Au milieu de cette myriade de faciès, il faut signaler les cristaux prismatiques, pluricentimétriques, jaune, blanc, ou rose, du filon Saint-Jacques, qui sont très beaux.

 


Cérusite : Elle est abondante dans tous les filons de galène des Vosges. Il faut d’abord rappeler que les premières descriptions du « plomb blanc carbonaté » ont été faites à La-Croix-aux-Mines à la fin du 18ième siècle. De belles macles en cœur y ont été récoltées dans de grandes géodes de limonite. Des échantillons de cette époque existent encore dans les musées.

Elle existe, mais assez rare, à Sainte-Marie-aux-Mines (Mines-de-Plomb, Altenberg, et Bluttenberg). On la connaît aussi à Giromagny (Saint-Daniel), Auxelles-Haut, et à la mine Heidenkopf à Niederbruck. Enfin, Steinbach a permis de récolter de nombreux spécimens, notamment dans la grosse brèche de faille du Donnerloch, exploitée depuis le Haut Moyen-Âge.

Chalcanthite : Elle formait de grandes concrétions dans une galerie de mine de Framont, dans l’une des fameuses « chambres chaudes* », amas de pyrites en décomposition, car instables.

Chalcophyllite : Ce bel arséniate de cuivre est connu en bons microcristaux au Val d’Ajol et, surtout, au filon Saint-Jean, Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines. À la mine de la Treille, la plus accessible de ce filon, elle a été localement abondante.

Chalcopyrite : C’est une espèce abondante dans de nombreuses mines du massif. On la trouve en petits cristaux à Steinbach, Framont, Saint-Sylvestre, ou encore Wattwiller. Le Tunnel de Schirmeck a fourni de jolis cristaux centimétriques, isolés sur des cristaux de quartz.

C’est à Sainte-Marie-aux-Mines que revient la palme. On la trouve en beaux cristaux centimétriques à Mines-de-Plomb (Altenberg) et à Gabbe Gottes (filon Saint-Jacques, Neuenberg). Mais c’est dans les mines du filon Saint-Jean, au Neuenberg, que se produisirent deux découvertes remarquables.

La première a lieu au début du 20ième siècle dans la mine Engelsbourg (actuellement visitable au parc minier Tellure). Des cristaux de 3 centimètres se groupent en éventails décimétriques accompagnés de calcites aux formes complexes. Quelques musées conservent de beaux spécimens de cette trouvaille.

La deuxième se situe dans le milieu des années quatre-vingt, à la mine Armée Céleste. Des groupes de cristaux polysynthétiques, pluricentimétriques, ont été dégagés à l’acide chlorhydrique de leur gangue de calcite. Certains échantillons dépassent les quarante centimètres, avec des individus de cinq centimètres et plus, aux arêtes très vives, pouvant arborer de belles irisations.

Ces deux découvertes sont de classe mondiale pour l’espèce, des stars de la minéralogie des Vosges.

Braunite : De petits octaèdres bien formés et brillants de cette espèce assez rare ont été repérés sur des échantillons historiques de manganite du Haut-Poirot.

Chrysocolle : Ce silicate de cuivre est connu en divers points, comme à Sewen où des boules accompagnent des cubes de fluorite formant des spécimens photogéniques. La mine La Treille, sur le filon Saint-Jean, Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines, fournissait des géodes de quartz tapissées de boules de chrysocolle et accompagnées d’arséniates de cuivre. La chrysocolle est signalée, aussi, à Niederbruck. Le gisement le plus classique est la mine de cuivre d’Anozel où elle se présente en grands placages qui accompagnent malachite et azurite mamelonnée.

Clinoclase : Cette espèce rare, d’un bleu si particulier et inimitable, est connue en deux points. Le premier est le secteur Armée Céleste – La Treille, sur le filon Saint-Jean (Sainte-Marie-aux-Mines), où les chapelets de boules millimétriques accompagnent d’autres arséniates de cuivre. Le deuxième est la petite mine de fluorite du Val d’Ajol (filon des Roches), où un filon croiseur était riche en espèces rares, dont de grands placages de clinoclase sur des fissures de quartz blancs. Plus rarement, des géodes de quartz recelaient de magnifiques boules brillantes, qui peuvent atteindre 4 millimètres de diamètre, sur plusieurs centimètres carrés.

Cornubite et cornwallite : Comme le clinoclase, ces espèces se retrouvent à La Treille et au Val d’Ajol. Elles se composent de petites boules vert foncé qui peuvent couvrir quelques centimètres carrés.

Cuprite : L’oxyde de cuivre est peu fréquent dans le massif. On connaît des microcristaux bien nets au Val d’Ajol, dans la zone à arséniates de cuivre. Au gîte d’Aspach de très beaux micros du faciès fibreux chalcotrichite font le régal des micromonteurs.

Datolite : Cette espèce, peu commune en France, a été trouvée à la fin du 18ième siècle au-dessus de La-Croix-aux-Mines sous forme de tapis de microcristaux vert clair, brillants et transparents. Les échantillons ont alimenté, à l’époque, les cabinets d’histoire naturelle et l’on en connaît qui sont parvenus jusqu’à nous.

Dervillite : Il s’agit d’une espèce mythique qui a fait l’objet de nombreux travaux scientifiques. Un seul échantillon de cet arséniure d’argent a été récolté à la mine Gabbe Gottes, accompagnant l’arsenic natif du fameux filon Saint-Jacques. Depuis, cette espèce n’a été retrouvée qu’une seule fois dans le monde, au gisement de fluorite de Montlimars, en Haute-Loire.

Dolomite : L’espèce est évidemment fréquente dans les gangues carbonatées des filons métalliques. Cependant, les cristaux qui sortent de l’ordinaire ne sont pas si fréquents. Elle est connue dans les mines de fer de Framont, avec la calcite et l’aragonite. Elle est fréquente à Sainte-Marie-aux-Mines, où des écrits anciens signalent déjà les périmorphoses de calcite en micros rhomboèdres blanc nacré. Ces échantillons ont été abondants, variés, esthétiques et parfois de grande taille. C’est la mine Saint Sylvestre, à Urbeis, qui a fourni, vers 1920, les cristaux les plus significatifs, des rhomboèdres blancs de presque cinq centimètres, qui accompagnent la sidérite lenticulaire et les fameuses tétraédrites dont nous parlerons plus loin. 

Emplectite : Ce sulfure de bismuth exprime une série d’indices de ce métal à travers les Vosges et la Forêt-Noire. On connaît, au Val d’Ajol, de très beaux microcristaux en gerbes, recouverts de mixite. Dans le massif granitique du Brezouard, au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines, un indice a fait l’objet de recherches pour ce métal. Des masses de plusieurs kilogrammes, formées d’un enchevêtrement de cristaux prismatiques pluricentimétriques, ont été découvertes ce qui constitue de très bons spécimens pour l’espèce.

Épidote : Cette espèce est présente, avec les grenats, dans les skarns comme ceux des mines de fer de Framont et ceux des carrières de Raon l’Étape, où des cristaux épais peuvent atteindre cinq centimètres. On la connaît aussi, comme minéral accessoire, dans les carrières d’empierrement de Saint Nabor et de Rothau (clinozoïsite pour cette dernière).

Érythrite : Ce bel arséniate de cobalt, d’une couleur rose « fleur de pêcher », a été trouvé à Sainte-Marie-aux-Mines. Des enduits de pustules roses, de néoformation, se récoltaient dans le filon Saint-Jacques, avec les arséniates calcomagnésiens. À la mine de La Treille (filon Saint-Jean), de belles gerbes de cristaux centimétriques ont été récoltées dans des géodes de quartz et constituent les meilleurs échantillons français.

À Giromagny, des microcristaux ont été trouvés quelques fois. À Trienbach-au-Val, elle accompagne les arséniates de cuivre sous une forme très inhabituelle de boules gris bleuâtre.

Ferbérite : Les skarns associés aux mines de fer de Framont, contiennent des indices de tungstène qui ont fait l’objet de recherches dans les années 60. De rares cristaux de quelques centimètres, du faciès reinite, c’est-à-dire des pseudomorphoses d’octaèdres quadratiques de scheelite en ferbérite, ont été récoltés dans la galerie de recherche BRGM.

Fluorite : La région n’est pas particulièrement réputée pour sa fluorite, mais c’est une erreur, car si les échantillons ne sont pas abondants, certains sont tout à fait exceptionnels. Très peu de mines y ont été exploitées.pour le spath-fluor et celle de Maxonchamp a été la plus productive. C’est de cette mine, que viennent la plupart des échantillons visibles dans les collections. Le violet, le jaune et surtout le bleu foncé sont caractéristiques de ce gisement. Malheureusement, les couleurs sont souvent peu franches et manquent d’attrait. L’aspect mat et les clivages internes sont fréquents et contribuent à ce fait. Les cristaux, parfois maclés, peuvent y être très grands, jusqu’à 50 cm. Les cubes sont souvent recouverts de quartz qui, tantôt recouvre, malheureusement, totalement la fluorite, tantôt ménage de belles fenêtres qui dévoilent les coloris.


J’eus la chance, étant adolescent, de visiter la mine. On me fit la courte échelle et je pénétrais dans une géode où l’on marchait sur des cubes bleus de vingt centimètres d’arête : une vision qui motive un jeune chercheur !

Dans le secteur du Val-de-Villé, la mine du Château a fourni une géode avec de beaux cubes incolores, fort rares et recherchés.


Les mines de Framont recélaient quelques géodes de carbonates au fond desquelles se voyaient des cubes bleu clair isolés. Ces rares échantillons historiques rappellent singulièrement ceux du Cumberland, Angleterre (mine Florence).

À Bergheim, des carrières de gypse ont recoupé des dolomies du Trias, avec des vacuoles où se développent de beaux cristaux de fluorite et de barytine. Les coloris vont du violet au pourpre, en passant par un beau lilas. Il existe aussi une deuxième génération d’un beau bleu ciel. Ces échantillons sont esthétiques et particulièrement agréables. Le gîte voisin d’Orshweiller, situé directement sur la faille vosgienne, est comparable. Une certaine ressemblance, avec les spécimens des mines espagnoles de Berbes, a poussé des faussaires à en proposer comme provenant de Bergheim, car celles-ci sont rares et recherchées.

À Sainte-Marie-aux-Mines, la fluorite est un minéral accessoire des gangues. Des petits cubes bleus accompagnent des cristaux de tétraédrite à Gabbe Gottes ou à la mine Saint-Pierre. La mine Lingoutte était réputée pour de très gros cubes (20 centimètres) aux couleurs pâles, avec de curieuses calcites violacées. Les plus remarquables sont des cubes bleu foncé sur sidérite, récoltés à la mine de La Treille ; quelques spécimens seulement sont connus…

À Plancher-les-Mines et surtout Giromagny, la fluorite est un minéral important de la gangue. Dès le 18ième siècle, de magnifiques cubes jaune d’or et transparents, étaient récoltés (ENSMP). Plus récemment, c’est tout un panel de coloris jaunes et bleus qui ont été récoltés dans diverses mines de ces deux districts voisins.


Au col de Bussang, la mine du Steingraben, réputée très ébouleuse dès l’époque d’exploitation, a fourni de beaux boxwork en quartz et gœthite. Mais la mine est surtout réputée, auprès des collectionneurs locaux, pour ses cubes bleu-roi, parfois à cœur jaune. Ici, la corrosion atteint des extrêmes, donnant parfois lieu à des formes spectaculaires et rares, mais le plus souvent provoquant la désagrégation des cristaux, pour le malheur des collectionneurs.

Les carrières actives d’Argiessans exploitent un calcaire à polypiers du Bajocien. Les cœurs de ces coraux fossiles sont vides et les géodes ainsi formées sont remplies de cristaux de calcite blancs et de fluorite jaune d’or à brun doré. Si les cubes sont petits, les spécimens n’en restent pas moins très attrayants.

Les mines de plomb de Melisey et leurs voisines de Ternuey sont réputées pour des formes de cristaux peu communes dans le massif (octaèdres, cubes avec troncatures du rhomboèdre). Les carrières d’empierrement de Bellonchamp fournissent, de temps à autre, de petits cubes bleu clair. Dans la forêt de Weigsheid, au-dessus de Wattwiller, existe un indice avec de beaux rhombododécaèdres mauves. À la mine Brandeskopf, à Wegscheid, ce sont des petits cubes incolores et transparents qui sont connus.

Les mines de Bourbach-le-Haut fournissent, encore récemment, des cubes incolores, parfois grands, noyés dans l’argile hématoïde. Au Langenberg, près de là, ils peuvent être aussi violet foncé et recouverts de gœthite mamelonnée agrémentée, quelquefois, de houppettes de malachite.

Dans la région de Luxeuil-les-Bains, Lacroix décrit de beaux cristaux violets tapissant une fissure de granite. Un échantillon visible dans un tiroir de musée laisse présager du potentiel de cette zone, qui n’a jamais été vraiment : avis aux amateurs…


Terminons ce tour d’horizon fluoré des Vosges par le gisement mythique de Sewen. Ces beaux massifs forestiers cachent de vieilles galeries où la fluorite a été trouvée sous diverses formes : grands cubes incolores, cubes polysynthétiques verts, cubes de dissolution bleus à cœur violet, etc. Mais le trésor caché se situe à la mine Moritz II où, par deux fois, en 1922 et 1974, ont été récoltés d’extraordinaires cubes bleu foncé posés sur des quartz hématoïdes. Il n’existe sans doute qu’une vingtaine de spécimens sur les deux découvertes cumulées. Les meilleurs échantillons de la mine Moritz II sont de classe mondiale ! bienheureux le collectionneur qui possède une telle merveille…


Galène : Elle est évidemment très abondante puisqu’elle a été l’objet de l’exploitation de nombreuses mines vosgiennes. Les cristaux ne manquent pas. Des cubes sont connus dans les carrières de Wasselonnes et avec la fluorite de Bergheim. Les cristaux sont assez abondants dans les mines de Giromagny et Plancher-les-Mines, avec de belles associations de fluorite, cérusite, malachite, pyromorphite… À La-Croix-aux-Mines, il existe de beaux cuboctaèdres brillants et aussi des cubes oxydés associés à la cérusite. Les mines de Niederbrucke sont réputées pour des cubes recouverts de pyromorphites, à la façon des gîtes de Largentolle (58) ou La Nuissières (69). Les mines de Steinbach, particulièrement la mine touristique Saint Nicolas, fournissent de beaux cubes, souvent en regroupements polysynthétiques, agrémentés de sphalérite ou de chalcopyrite. Nombre d’entre eux ont été, malheureusement, gâchés par un nettoyage violent à l’acide chlorhydrique.


Encore une fois, le district de Sainte-Marie-aux-Mines a été prolifique pour ce minéral. Tout d’abord à l’Altenberg, aux mines Saint-Philippe et, surtout, à Mines-de-Plomb, on récolte des jolis cristaux, de 5 millimètres à 4 centimètres, disséminés sur des pétales de sidérite brun chocolat, et quelques chalcopyrites. Les formes sont des cubes avec des troncatures de l’octaèdre et, parfois, des macles complexes. Des spécimens identiques étaient déjà connus au 19ième siècle. Au Neuenberg, des cubes, jusqu’à 4 centimètres, gris argenté satiné, posés sur du quartz blanc, ont été récoltés dans les mines Saint-Louis et Saint-Paul / ou, Hans Rappolstein. Ces galènes peuvent être associées à la sphalérite.

Des échantillons historiques de la fin du 18ième siècle, probablement de la mine Saint-Guillaume, se composent de cubes brillants, avec troncatures de l’octaèdre, sur quartz et accompagnés des ankérites blanches « pommes de pin » déjà évoquées plus haut. Ces échantillons saintmariens, sans être des galènes de niveau « international », sont de très bons représentants au niveau national.

Gœthite : Comme nous le verrons plus loin, les gisements d’hématite sont légions dans les Vosges ; la gœthite lui étant inféodée ses gîtes sont également fréquents. Les mines de fer de Framont en ont fourni en grandes quantités sous forme de rognons et d’agrégats stalactitiques ; un bel exemplaire – une stalactite de 20 centimètres – est visible à l’ENSMP (vitrine Vosges). La mine du Steingraben, au col de Bussang, déjà citée pour ses belles et rares fluorines bleues, regorge de spécimens mamelonnés brillants, associés à des cristallisations de quartz. De grands spécimens mamelonnés mats ont été récoltés à la Croix-aux-Mines.

À Langenberg, rappelons qu’ils recouvrent les cubes de fluorites et forment de curieux et jolis échantillons.

De beaux spécimens hérissés de stalactites ont été récoltés, ces dernières années, à Koschelbach, commune de Rammersmatt et, d’une façon plus générale, dans les mines de fer de la région de Thann. Elle est connue au Rimbach, au rocher d’hématite du Sthalberg où elle est rare. Dans ce secteur, une découverte forestière récente, a fourni au lieu-dit Johannesberg, une très grande géode mamelonnée hérissée de belles stalactites parfois irisées. De très gros spécimens ont été récoltés.

Dans la région de Sewen, tous les indices d’hématite sont aussi susceptibles de recéler de bons échantillons de gœthite. Cette espèce est connue dans la vallée de la Lauch à Buhl et Saint-Gangolf.

Groupe du grenat : La présence de divers skarns dans le massif a permis de belles découvertes. La plus importante est liée à la carrière de la Meilleraie, à Raon-l’Étape, entre 1974 et 1976. De grands échantillons, ainsi que de gros cristaux isolés (4 centimètres et plus) ont été récoltés en relative abondance, par intermittence, après des tirs de mines. Ils appartiennent à la série grossulaire-andradite. Ils sont brun rouge à vert clair, avec de belles faces lisses. Ce sont probablement les meilleurs grenats trouvés à ce jour en France !

Les skarns de Rothau et, surtout, du gîte ferrifère de Framont, ont fourni de jolis grenats (grossulaires). Dans la halde de la galerie de recherche du BRGM, creusée en 1961, on peut encore récolter de jolis petits cristaux (atteignant exceptionnellement 1,5 centimètre) qu’il faut souvent dégager à l’acide chlorhydrique de la calcite qui les englobe. Une jolie occurrence de petits cristaux de grossulaire est signalée à Soultzbach-les-Bains.

Gypse : Il a été exploité à Bergheim dans le gîte bien connu des fluorites, mais les cristaux n’y semblent pas présents. Des cristaux de néoformation sont signalés dans les galeries de Steinbach. On connaît des cristaux dans les carrières de Bouxwiller, célèbres pour leurs fossiles de vertébrés.

Il est présent à Zimmersheim, Bremmelbach et en grands cristaux d’aspect fondu à Lixhausen. Des couches d’argile, près des sources de Wattwiller, ont permis de récolter de superbes cristaux transparents, aux arêtes vives et aux faces lisses, jusqu’à 7 centimètres, voire plus.

Halite : Elle constitue une bonne partie du gisement du bassin potassique de Mulhouse. Les lits gris de sel gemme, alternés avec les couches rouges de sels de potasse, donnent aux galeries de mines une allure fantasmagorique. J’eus la chance de visiter, un an avant sa fermeture, la mine Amélie, par 700 mètres de fond et 47°C, cramponné sur les étayages marchants : un souvenir inoubliable au cœur de ce palais de sel ! Les cristaux cubiques ne sont pas très fréquents dans ces mines, mais peuvent atteindre 3 centimètres d’arête. Il existe aussi des cubes isolés dans les marnes intercalaires des couches salifères : ils sont souvent déformés par le fluage des couches. Ils peuvent aussi être pseudomorphosés et ne laisser qu’une empreinte de cube dans la marne.

Mais au tréfonds des veines salifères, la présence d’ions yttrium va donner naissance à un phénomène extraordinaire : la halite prend une magnifique couleur bleu roi, les mineurs récoltaient des plaques d’une couche fibreuse bleue translucide que les mineurs récoltaient. Plus rarement, c’est un cube qui se colore, tout ou partie, de ce beau bleu. L’association du blanc, du rouge et du bleu, a formé quelques spectaculaires échantillons, témoins des possibilités infinies de la nature…

Hématite : On peut affirmer sans hésiter que l’hématite est le minéral vosgien par excellence tant les gisements en sont nombreux. En effet, les granitoïdes ont joué le rôle d’une véritable éponge à fer. tous ces entrelacs de filonets d’hématite ont fait l’objet de petits travaux miniers, généralement de faible importance. Seul l’amas de substitution de Framont a prospéré pendant plusieurs siècles. En 1801, Haüy y a d’ailleurs démontré l’appartenance au système rhomboédrique de ce minéral. La littérature décrit, de manière dithyrambique, les cristaux qui y ont été trouvés ; surtout les géodes de lamelles irisées, dont la chatoyance frappait l’imagination… Les cristaux y étaient abondants en lamelles, en tablettes épaisses et, aussi, en masses mamelonnées rougeâtres, du type « Cumberland ».

Les granites avoisinant Sainte-Marie-aux-Mines n’échappent pas à la règle et la forêt du Brezouard ou le Holthan livrent de très beaux cristaux hexagonaux, épais, pluricentimétriques et parfois très brillants.

Le gîte de Bernardstein, à Sainte-Marie-aux-Mines, décrit dans le Règne Minéral n° 104, a fourni récemment d’abondantes cristallisations curieuses et jolies. Les lamelles hexagonales s’y empilent en petits paquets brillants et parsèment des périmorphoses de quartz (après d’anciennes calcites) en échantillons décoratifs.

Les quartz fumés du col de Sainte-Marie (cote 900) et surtout ceux du Col de Fouchy (Rombach-le-Franc) montrent des « roses de fer » qui atteignent, exceptionnellement, deux centimètres.

À Raon-l’Étape, de grandes et belles géodes de calcite étaient recouvertes de micropaillettes rouges du plus bel effet.

À Saulxures-sur-Moselle, près Gérardmer, on connaît des rhomboèdres aplatis, empilés, formant quelques échantillons agréables.

À Ranspach, il existe des microcristaux (3mm) tabulaires, très brillants, disséminés sur du quartz.

À Urbès, quelques roses de fer pluricentimétriques, mais mâtes, ont été récoltées à Bruckenbach.

Dans le district de Kruth, des roses de fer, ternes et souvent périmorphosées par du quartz, sont connues à Hinter Bockloch.

Près des mines du Thillot, c’est au Col des Croix qu’il existe des indices d’hématite.

Dans la mine de fluorite de Maxonchamp, on pouvait observer un épais filon croiseur dans le traçage du niveau zéro, malheureusement dépourvu de bons cristaux.

À Bourbach-le-Haut, les indices fluorés recèlent, eux aussi, quelques roses de fer altérées sur du quartz.

À Rimbach, le gros filon bréchique du Stahlberg, n’a pas été exploité par les mineurs, mais plutôt par les minéralogistes : la Fédération des Clubs de l’Est a d’ailleurs acheté le site afin d’en faire profiter la communauté minéralogique. On a tellement vu d’échantillons de ce gîte que leur attrait est galvaudé, pourtant il existe d’excellents spécimens qui montrent des rosettes bien brillantes et bien détachées sur un fond de cristaux lamellaires. Ces échantillons, quelquefois irisés, s’accompagnent de cristaux de quartz, de gœthite mamelonnées ou de pyrite. C’est l’un des grands gisements vosgiens.

Dans la région de Sewen, tout le secteur environnant le lac et le barrage d’Alfeld est riche en petits indices qui fournissent, quelquefois, des cristallisations sympathiques. Dans cette zone, l’indice de Enzengesick recèle de toutes petites roses de fer.

Mais pour ce secteur, c’est le site de Hirtzelach, de découverte récente, qui est le plus intéressant avec des cristaux trapus de 2 centimètres et plus.

Dans le sud du Massif, à Plancher-les-Mines, il y a de curieux quartz « barrés » constellés de paillettes d’hématite.

Enfin, dans le département de la Haute-Saône, près du village de Faucogney-et-la-Mer, les mines de Saphoz sont le gisement le plus important du massif vosgien, au point qu’ici les écologistes, très actifs dans cette région, ont tout mis en œuvre pour faire interdire la pratique de la minéralogie…

Les formes de cristaux, toujours des dérivés de roses de fer, sont variées ; les cristaux, grands de plusieurs centimètres, sont groupés en échantillons qui peuvent atteindre le demi-mètre ! C’est assurément un des gisements les plus connus et les plus prolifiques, toute espèce confondue, du massif vosgien. Sa réputation dépasse nos frontières…

Hémimorphite : bien que le zinc soit peu présent dans les Vosges, ce silicate est connu en plusieurs lieux qui méritent d’être signalés.

Tout d’abord dans le nord, à la frontière allemande, le gîte de Katzenthal a fourni quelques échantillons au célèbre minéralogiste H. Ungemach au début du 20ième siècle. Il s’agit de gerbes d’aiguilles de plusieurs centimètres. À l’opposé, dans le sud du massif, les gîtes de Niederbrucke et de la mine Moritz, à Sewen, ont permis de récolter des petites baguettes allongées et aussi des rosettes qui ont fait le bonheur des microminéralogistes.

Langite : ce sulfate de cuivre au bleu si caractéristique et rarement bien cristallisé est connu en deux points particulièrement notables. Les deux sites sont le fait des campagnes de prospection du BRGM dans les années 60. La première est la galerie de recherche du skarn à tungstène de Framont (le gîte des grenats) où des placages de petits cristaux maclés (en étoile) ont été temporairement abondants, au point de se retrouver dans des musées étrangers !

Le deuxième est à Mollau où de superbes cristaux de 3 millimètres sont accompagnés de brochantite : un vrai régal sous la loupe ! Ces deux sites, avec celui du Mazégat, Saint-Rome-du-Tarn, Aveyron, constituent les gisements notables de ce minéral en France.


Lautite : Ce rarissime sulfosel est connu en une trentaine d’exemplaires, tous récoltés à la mine Gabbe Gottes (Sainte-Marie-aux-Mines) pendant la période minière de 1940. Il s’agit de lames (jusqu’à 4 centimètres) formant des gerbes à l’intérieur de l’arsenic natif. Deux spécimens montrent même des cristaux avec des faces exprimées par dissolution de l’arsenic par des eaux de ruissellement dans les galeries. Il s’agit de la meilleure occurrence mondiale de cette espèce minérale.

Linarite : Elle est localement abondante à Steinbach où elle accompagne la cérusite, soit en microcristaux, soit en colorant les baguettes de cette dernière espèce.

Löllingite : Ce sulfure de plomb est un membre de l’association classique du filon d’arsenic Saint-Jacques (Sainte-Marie-aux-Mines). Une dissolution de la calcite à l’acide permet d’obtenir des placages (jusqu’au décimètre carré) de beaux microcristaux particulièrement brillants. Ce gîte est l’un des meilleurs au niveau français si l’on fait exception du fabuleux cristal de 3 centimètres récolté à la mine d’uranium de Margnac et visible au Musée d’Ambazac (spécimen apparemment unique !).

Magnétite : Les gîtes de fer sont nombreux dans les Vosges, comme nous l’avons vu pour l’hématite, pourtant ce minéral l’est beaucoup moins. On le connaît à Rothau et, surtout, Framont où des octaèdres centimétriques « martitisés » sont visibles dans les vieilles collections. Des microcristaux ont été récoltés dans les carrières de Saint-Nabor.

Malachite : Le minéral est évidemment abondant partout sous forme de « peintures » vertes qui accompagnent les sulfures de cuivre des filons. Mais plusieurs sites ont fourni des cristallisations dignes d’intérêt. Celui de Mollau est même cité par Lacroix qui y décrit de très belles masses de plusieurs kilogrammes formées de boules comparables aux (à celles des) gisements de la République Démocratique du Congo ou de l’Oural. Les rares découvertes modernes faites sur le site, des masses stalactitiques de plusieurs centimètres, permettent d’imaginer la qualité de ces échantillons disparus, tant la matière est belle.

L’indice de Seebach, à Rimbach, non loin des célèbres hématites, fourni, pour les chanceux, de magnifiques gerbes de fibres, de 1 à 1,5 centimètre, isolées dans des géodes de quartz. La fraîcheur et la couleur de ces échantillons, en font un bon site pour l’espèce au plan national.

À Sainte-Marie-aux-Mines, un filonet croiseur du travers-banc Saint-Nicolas (filon Saint-Jean, Neuenberg) était tapissé de belles et fines aiguilles vertes. De même à la mine de fluorite de Maxonchamp, où des gerbes centimétriques et, surtout, des fissures tapissées de « rayons de roue de vélo » ont atteint les 4 centimètres de diamètre.

Dans les sites de Triembach-au-Val et Osenbach, connus pour leurs espèces cuprifères, la malachite est bien sûr présente, parfois en jolies boules de quelques millimètres. De même, le filon fluoré du Langenberg, à Sewen, montre des boules et des fibres posées sur les cubes de fluorite et qui dépassent, quelquefois, le centimètre.

À Steinbach et surtout au filon Saint-Daniel, à Giromagny, il existe de belles associations de boules avec des aiguilles de cérusite et, aussi, de l’agardite.

Manganite (et autres oxydes de Mn) : Le gîte du Haut-Poirot, près de Gérardmer, est célèbre depuis longtemps pour de beaux cristaux de ce minéral. Si les échantillons couverts de petits cristaux brillants (après un nettoyage minutieux) étaient assez faciles à trouver dans les haldes il y a encore quelques années, les échantillons historiques comportent des prismes de plusieurs centimètres. Ce sont peut-être les meilleurs cristaux français pour cette espèce ; les échantillons venus des sites du Tarn étant, peut-être, de la pyrolusite plutôt que de la manganite : seules des analyses poussées pourraient trancher le problème. La hollandite est connue aussi dans ce gîte, ainsi que la braunite, en échantillons dignes d’être signalés.

Marcasite : Ce minéral n’est pas fréquent dans les Vosges. On l’a rencontré en concrétions réniformes brillantes, accompagnées de calcite, à la carrière de Raon-l’Étape. Dans les mines de Steinbach (Saint-Nicolas) de beaux cristaux en crêtes-de-coq peuvent atteindre 2 centimètres.

Elle est signalée par Lacroix au Val de Villé, en beaux cristaux malheureusement engagés dans du quartz.. Enfin, à Sainte-Marie-aux-Mines, Lacroix décrit de belles crêtes-de-coq, ainsi que des structures cloisonnées cubiques qui correspondent à des épigénies de galène. Il signale aussi la grande altérabilité de ces échantillons qui, de ce fait, ne se sont pas conservés dans les musées.

Mélantérite : de grandes masses stalactitiques bleues se formaient dans les « chambres chaudes »* qui exploitaient les amas pyriteux des mines de fer de Framont.

Mimétite : Sous réserve des problèmes analytiques classiques de cette espèce, ce minéral serait présent, sous un faciès arrondi « campylite », à Niederbruck, Giromagny et Plancher-les-Mines.

Mixite : Elle a été trouvée en belles gerbes au Val d’Ajol et fait le bonheur des micromonteurs. Elle encroûte, aussi, l’emplectite au Brézouard.

Molybdénite et ferrimolybdénite : La molybdénite a fait l’objet d’une tentative d’exploitation dans les mines de cuivre de Château-Lambert. On l’y trouve en grosses lamelles pluricentimétriques brillantes que l’on peut encore récolter dans les immenses haldes.

Dans certaines galeries, des boules centimétriques jaune citron vif de la très rare ferrimolybdénite ont été récoltées : elles constituent d’excellents spécimens pour cette espèce. On connaît d’autres indices de molybdénite dans les Vosges, comme le gîte des œillets au Ballon de Servance.


Monohydrocalcite : Cette espèce très rare, et théoriquement instable, a été décrite dans les années 70 à la mine Saint-Pierre, Neuenberg (Sainte-Marie-aux-Mines), en une grande coulée bleue (sur plusieurs mètres carrés) sur les parois d’une galerie. Cette découverte a alimenté toutes les collections publiques et privées de l’époque. Il n’est pas sûr que, si l’on analysait l’un de ces échantillons aujourd’hui, l’on obtienne pas le diagramme d’une simple calcite. Quoi qu’il en soit, cette découverte reste une référence !

Mrázekite : Dans l’indice de bismuth du Brézouard, dans la forêt, au-dessus de Sainte-Marie-aux-Mines, on récolte parfois de belles boules bleu-roi qui peuvent dépasser 3 millimètres de diamètre. Au début des années 80, j’en ai récolté une, comme de nombreux amateurs, que j’avais baptisée « azurite » sans savoir, qu’à ce moment-là, l’espèce était inconnue et donc nouvelle ! Elle fut décrite ailleurs en 1992 et nous avons eu la surprise d’apprendre, des années plus tard, que nous avions de très bons échantillons d’une espèce très rare…

Olivénite : Lacroix signalait déjà l’espèce à la galerie des Morveux près du col du Donon. Elle est connue dans les paragenèses cuprifères à Osenbach, au Val-d’Ajol et, surtout, à Triembach-au-Val où des tapis de microcristaux accompagnent la rarissime richelsdorffite.

Or natif : Quelques mouches microscopiques dans du quartz ont été trouvées à Stosswihr près de Silbervwald et des paillettes dans la rivière du Lauch près de Buhl. Les échantillons décrits par l’ingénieur des mines de Gensanne au 18ième siècle à la mine du Steingraben, près Bussang, n’ont jamais été retrouvés et paraissent douteux.

Beaucoup plus sérieux sont les nombreux écrits historiques qui relatent, depuis l'Antiquité, l’extraction de l’or dans les alluvions du Rhin. Bien qu’artisanales, ces exploitations ont perduré pendant des siècles et ont produit des quantités non négligeables du métal précieux. Jean-Luc Hohl a longuement disserté sur ce sujet dans « Le Grand Livre des Minéraux d’Alsace », dont nous recommandons une fois de plus la lecture. On sait qu’en 1849 un galet aurifère de 66 millimètres a été trouvé en plein Strasbourg : ce spécimen est toujours conservé au Musée Minéralogique de l’université Louis Pasteur à Strasbourg. Plusieurs sites sont, ou ont été, productifs le long du cours du fleuve sur la rive française. Le plus remarquable se situe à hauteur de Kembs où les paillettes aplaties sont bien visibles. L’origine de tout cet or est à rechercher dans l’érosion du massif alpin vers la source du fleuve.

Parasymplésite : Cet arséniate rare a été trouvé plusieurs fois dans le massif. Mais au filon Saint-Jacques, Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines, des échantillons de classe internationale ont été récoltés plusieurs fois : il s’agit de géodes avec des boules bien visibles (jusqu’à 4 millimètres) d’un bleu-vert assez typique.

Pectolite : Cette zéolite peu fréquente a été trouvée avec la chabazite à Saint-Nabor et, surtout, en grandes masses (décimétriques) rayonnées à Raon-l’Étape.

Phénakite : Ce minéral de béryllium est assez prisé. Il a été trouvé par deux fois dans les Vosges : dans les skarns de Rothau et, surtout, à Framont où les auteurs des siècles passés ont décrit de manière enthousiaste de nombreux spécimens, provenant de la Mine-Jaune, en cristaux centimétriques transparents, mais craquelés, qui sont visibles dans les tiroirs des musées du monde entier. Il faut tempérer les descriptions dithyrambiques de l’époque, car ces cristaux sont aujourd’hui considérés comme anecdotiques, même s’ils restent sans doute les plus gros de France.

Prehnite : Le minéral a été trouvé à Schwazbach près Saint-Nabor, à Urbes, ou avec la babingtonite dans le massif du Rossberg. Les boules centimétriques vertes forment d’agréables échantillons dans ces différents gisements.

Proustite : Ce sulfosel d’argent était baptisé « argent rouge » par les mineurs et minéralogistes des siècles passés. Excellent minerai, ces beaux cristaux rouge sang ont frappé l’imagination et continuent d’exercer, de nos jours, une fascination auprès de certains collectionneurs.

Les très beaux spécimens décrits à Sainte-Marie-aux-Mines n’ont pas été conservés, même si quelques échantillons sympathiques existent encore dans les musées. Les cristaux centimétriques, riches en faces, étaient localement abondants sur des gangues carbonatées blanches, accompagnés d’argent natif ou d’arsenic natif. Ces cristaux restent toujours la référence pour le territoire national.

La proustite est aussi connue en microcristaux à Giromagny, ou au filon Saint-Sylvestre à Urbeis. À la Croix-aux-Mines, elle a dû être localement abondante avec l’argent natif et quelques cristaux historiques existent encore en cristaux pointus rouges d’un demi centimètre.

Pyrargyrite : Cet autre « argent rouge » semblait moins fréquent (ou moins facile à déterminer) à Sainte-Marie-aux-Mines. Malgré de belles descriptions, les échantillons sont très rares dans les vieilles collections, et n’ont jamais été retrouvés, même sous forme microscopique, par les collectionneurs « modernes ».

Pyrite : Les nombreux spécimens cristallisés provenant des vieilles mines de fer de Framont ne sont pas conservés dans les musées car ils sont particulièrement instables (d’où la formation de mélantérite). Le phénomène se produisait déjà sous terre car les mineurs avaient baptisé ces amas de minerais « chambres chaudes* », en effet, la décomposition de la pyrite est exothermique !

La pyrite se trouve en cubes, à faces légèrement courbes, dans le charbon de Ronchamp, ce qui est une paragenèse classique. De bons petits cristaux ont été récoltés quelquefois à Giromagny et à la Croix-aux-Mines. Dans les géodes de calcite et fluorite jaune d’Argiessans, on trouve parfois de jolis octaèdres isolés pouvant atteindre 8 millimètres.

Pyromorphite : La France est riche en bons gisements de pyromorphite, comme les célèbres Farges, Chaillac, ou Huelgoat, auxquels il convient de rajouter Saint-Salvy, Vézis, Asprières, Pontgibaud et La Nuissière. Il faut aussi considérer dans cette liste plusieurs gisements vosgiens de très bon niveau comme Maxonchamp, La Croix-aux-Mines, Steinbach, ou Katzenthal.

Dans ce dernier gisement, tout au nord, à la frontière allemande, de beaux prismes hexagonaux vert tendre sont délicatement posés sur une gangue de grès rose. Les échantillons historiques sont fort rares. Tout aussi rares et historiques sont ceux de la Croix-aux-Mines, de couleur vert olive. Romé de l’Isle décrivait déjà le « plomb vert » qui y formait de si beaux cristaux.

À Steinbach, la halde de la mine Schletzenburg a fait le bonheur des minéralogistes de la décennie 70. On pouvait y récolter en abondance des échantillons couverts de cristaux verts ; certains étant particulièrement beaux. Ce gisement est assez comparable à ceux d’Asprières (Aveyron) et de la Nuissière (Rhône).


La mine de fluorite de Maxonchamp a fourni, de temps à autre, dans les niveaux supérieurs, d’inhabituels et parfois magnifiques, tapis de cristaux jaune orangé posés sur les cubes bleus ou violacés. Les meilleurs échantillons sont de niveau international et ravissent les connaisseurs étrangers.

La pyromorphite est connue, aussi, à Giromagny (mine Solgat notamment) et Melissey, en cristallisations assez jolies, souvent associées à la fluorite. La mine de Niederbrucke a fourni, aussi, de bons échantillons montrant quelquefois des cubes de galène couverts de cristaux jaune beige. La mine du Champ Brecheté, à Urbeis, a permis de récolter de beaux monocristaux et aussi des gerbes centimétriques de fines aiguilles au cœur de boxworks cubiques de quartz.

Cette espèce est connue aussi au secteur Bluttenberg dans le district de Sainte-Marie-aux-Mines.

Enfin, une curieuse variété vanadifère, proche de la vanadinite, a été découverte par une prospection BRGM, à Hérival, près du Val d’Ajol.


Quartz : Si le quartz est réputé dans les Alpes, on s’attend moins à le rencontrer dans un vieux massif comme les Vosges. Pourtant, il est présent partout, à tel point qu’il sera impossible, dans cet article, d’étudier en détail ses gisements : nous n’évoquerons que les plus marquants.

Dans les plutons granitiques du nord, il y a des filons de pegmatites avec des cristaux fumés comme à Andlau, près du Champ-de-Feu, ou à Senones où ils sont légèrement hématoïdes et décimétriques. À Kagenfels, au lieu-dit Neugruenrain, de très gros cristaux sont connus, comme celui – de 30 centimètres d’arête et plus de 50 kilos – qui est visible à la maison de pays de Sainte-Marie-aux-Mines.

Au col de Fouchy, à Rombach-le-Franc, près de Sainte-Marie-aux-Mines, un gros filon de quartz permet de récolter des cristaux de plusieurs centimètres, fumés hématoïdes, plus rarement améthyste soutenue, avec des roses d’hématite. Dans le même secteur et le même contexte, le filon du Col de Sainte-Marie, cote 900 et celui du bunker de Bernardstein, montrent toujours cohabitation avec l’hématite et toujours des teintes type « Fouchy ».

Dans les filons saint-mariens même, le minéral est fréquent en pyramides centimétriques assez communes, bien que parfois très brillantes. La galerie -20 de la célèbre mine Gabbe Gottes permet de voir en place des géodes plurimétriques de ce genre.

Le gîte le plus inhabituel du massif est celui de la forêt de Willer-sur-Thur où des beaux spécimens de quartz limpides de type alpin ont été récoltés vers 1984. Tout près de là, quelques belles améthystes ont été trouvées aussi. Cependant, le gisement n’a pas pu livrer tout son potentiel grâce à l’intervention musclée, encore une fois, des mouvements « écologiques ».

Aux environs de La Bresse, le col de Bramont et le lac des Corbeaux recèlent des filons d’améthyste qui ont été travaillés. 

Les filons d’hématite, comme ceux de Saphoz et, surtout, celui de Rimbach, sont localement riches en jolis petits cristaux divers (blancs, hématoïdes, fumés, améthystes) qui rehaussent les échantillons par leur chatoyance et leur contraste avec le noir de l’hématite. Les filons fluorés du sud des Vosges présentent, aussi, la même caractéristique ; tels ceux de Sewen, du Val d’Ajol, du Steingraben et, surtout, de Maxonchamp où le minéral est abondant. On connaît des grands cubes de fluorite moulés par de gros quartz fumés brillants. À la mine de plomb de Niederbruck, on récolte de curieux chapelets de quartz bipyramidés trapus, fumé très clair.


À Houppach, des microcristaux de type alpin ont poussé de chaque côté de tablettes de baryte, créant un faciès peu commun.

À Soultz, un filon recèle de jolis prismes transparents centimétriques et, à Soultzbach-les-Bains, ce sont des prismes isolés de 3 centimètres. À Lautenbach-Zell, un filon baryté contient quelques améthystes claires. Près du district de Steinbach, le Rocher du Hirzenstein est un témoin en relief de la faille vosgienne que l’on retrouve, bien plus loin, au nord de Ribeauvillé, au Rocher du Schlusselstein. Ces sites, et d’autres, qui jalonnent le parcours de cette faille régionale, peuvent recéler des améthystes, des petits quartz fumés. Cette structure rappelle les fameuses BTH (brèches tectoniques* hypersilicifiées) du Tarn…

Les filons complexes de la région de Kruth comportent quelques quartz cristallins recouverts d’hématite. Le quartz est encore présent dans le sud, à Weigscheid, au Haut-du-Them, ou à Bain-les-Bains – en très grosses géodes fumé-clair – où ils sont, malheureusement, peu brillants.

Dans cette zone, une carrière tristement célèbre est connue à Chagey. On y a trouvé d’intéressantes et curieuses cristallisations de quartz sceptres hématoïdes. Ces échantillons, qui ont surtout un intérêt minéralogique plus qu’une valeur commerciale, ont malheureusement fait beaucoup parler d’eux. En effet, ils ont fait l’objet d’une médiatisation délirante où ils étaient au centre d’un soi-disant trafic « de pierres dorées, exportées vers la Roumanie » (je cite les journaux de l’époque !). Toujours est-il que des gendarmes en treillis sont intervenus, mitraillette aux poings, pour arrêter quelques chercheurs locaux ébahis ! En fait, des écologistes extrémistes, avec l’aide de journalistes stupides et, surtout, de représentants de l’État, complices, ont monté de toutes pièces cette histoire délirante et rocambolesque si elle n’avait eu des suites dramatiques. Pour ne pas épiloguer lourdement, sachez que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui est à l’origine de la création de fédérations de défense de nos activités, comme Géopolis.

Le quartz sous ses formes cryptocristallines, comme l’agate, le jaspe ou la cornaline, est fréquent dans les Vosges et, pourtant, méconnu. Le Rocher (classé) du Schlusselstein, près de Ribeauvillé, déjà cité, est connu depuis longtemps pour ses belles agates améthysées. On connaît, aussi, de belles agates dans les tons rouges à Enzengesick à Sewen, au Haut-du-Them, au Haut-Poirot, près de la mine de manganèse, ou à Ospenkopf, près du Florival.

La mine d’hématite de Saphoz recèle de remarquables jaspes blancs et rouges qui font des dessins magnifiques. Enfin, il ne faut pas oublier le remarquable gisement de bois silicifié de la forêt du Val-d’Ajol, qui n’a rien à envier à ceux d’Arizona. Ce beau gisement termine le tour d’horizon des indices de silices du massif vosgien.

Réalgar : On connaît quelques rares cristaux centimétriques bien formés, disséminés au sein de l’arsenic natif du filon Gabbe Gottes, Sainte-Marie-aux-Mines.

Rammelsbergite : Ce minéral, avec la pararammelsbergite et la safflorite, forme de belles masses fibroradiées dont le diamètre atteint, couramment un demi-centimètre, très rarement 2 centimètres. Il forme la paragenèse classique du filon Saint-Jacques, au Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines (mines Gabbe Gottes et Gift Grube). Ils constituent d’excellents échantillons au plan international.

Richelsdorffite : Ce rare arséniate de cuivre est connu en très beaux cristaux millimétriques à Triembach-au-Val où ils constituent un site de référence pour l’espèce qui a fait la joie des micromonteurs.

Rhodochrosite : L’une des galeries du gisement ferrifère de Saphoz, a permis de découvrir de petits rhomboèdres (3 - 4 millimètres) courbes et rose clair, de ce beau minéral. Des cristaux isolés dans des masses de pyrolusite noire sont susceptibles de prendre un beau poli.

Scheelite : Le gisement historique de Framont est connu de longue date pour avoir fourni de très beaux octaèdres quadratiques bruns, translucides, de ce minéral de tungstène. Leur gangue de pyrite est, malheureusement, instable et ils ne se sont pas tous conservés dans les tiroirs des musées. On doit cependant considérer que ceux qui sont visibles dans les vitrines de l’École des Mines de Paris (ENSMP) constituent les meilleurs échantillons français de cette espèce.  Ils sont plus nets que ceux de Puy-les-Vignes (Haute-Vienne) et de meilleure qualité que ceux de La Clarté (Côtes d’Armor) et de Costabone (Pyrénées-Orientales).

Scorodite : Des masses concrétionnées gris bleuâtre sont signalées au Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines.

Sidérite : Elle est fréquente dans les gangues de certains filons, mais les cristaux ne sont pas légion. Il y a d’abondants petits rhomboèdres brun chocolat qui servent de supports aux cristaux de galène des filons de l’Altenberg, Sainte-Marie-aux-Mines (Saint-Philippe, Mines-de-Plomb). Quelques beaux cristaux lenticulaires clairs (« mésitite ») servent de support aux cristaux de dolomite et tétraédrite du filon Saint-Sylvestre, à Urbeis.

Skutterudite : la découverte de ce minéral avait créé un certain regain d’intérêt à Sainte-Marie-aux-Mines pour la confection du « bleu de cobalt ». Il est surtout connu aux filons Chrétien et Saint-Jean au Neuenberg, mais existe en microcristaux à l’Altenberg. Lacroix faisait remarquer la très grande similitude entre les échantillons de la mine Chrétien et ceux des Challanches (Isère). Les cubo-octaèdres, souvent brillants, atteignent le demi-centimètre pour atteindre exceptionnellement 2 centimètres. Voici encore un beau classique de la minéralogie de la France. Cette espèce est connue sous forme de cristaux (de formes) identiques, mais petits, à La Croix-aux-Mines et à Kruth. Ils témoignent des paragenèses cobaltifères des Vosges.

Stibine (stibnite) : Le minéral a été exploité dans plusieurs mines. De petites touffes de cristaux ont été récoltées au Silberwald, près de Stosswhir. Dans le Val de Villé, la mine de Charbes permettait de récolter des masses fibroradiées décimétriques de la variété « berthiérite ». Quelques rares pièces de musée sont composées de gerbes d’aiguilles de 8 centimètres particulièrement jolies. L’altération en kermésite est importante, au point de former une pellicule rouge-sang à la surface de l’eau qui inonde les galeries : un spectacle qui reste gravé dans ma mémoire vingt-cinq ans après !

Stolzite : Cette espèce, rare et chère au cœur des minéralogistes français, a été trouvée par deux fois au moins dans la région. Tout d’abord dans le grand gisement de Framont, témoins des paragenèses à tungstène, des cristaux en tablettes arrondies ont été récoltés quelquefois. Mais c’est surtout à la mine Saint-Daniel à Giromagny, que l’on a trouvé de belles plaques couvertes de tablettes beiges bien distinctes. Celles-ci peuvent atteindre quasiment le centimètre, ce qui est une taille respectable pour l’espèce. Ce gisement compte dans les références internationales de ce minéral même si elle reste de taille modeste.

Sylvinite : Ce sel de potasse est le constituant principal du bassin potassique de Mulhouse. Malgré les millions de tonnes extraites, il ne semble pas que des cristaux aient été rencontrés dans les innombrables exploitations. Par contre, sa belle couleur rouge carmin contraste avec les couches de halite gris-blanc, en créant des paysages souterrains uniques.

Tétraédrite : Ce minéral était appelé « cuivre gris » par les mineurs du Moyen-Âge. C’était un excellent minerai, avec une teneur riche et régulière en argent. Il a fait la fortune de certaines mines, comme celle du Bois de Saint-Pierremont, sur le versant lorrain de Sainte-Marie-aux-Mines.

Des cristaux abondants et très jolis sont fréquents dans différentes mines du Neuenberg, sur les filons Saint-Jean, Saint-Pierre, Saint-Guillaume et Saint-Jacques. Sur ce dernier filon, les haldes importantes de la bien nommée mine « Grandes-Haldes » recèlent des blocs qui révèlent – après acidage – des cristaux étincelants aux arêtes vives qui peuvent atteindre 2 centimètres.

Des mines de fer de Framont, les auteurs des siècles passés nous ont laissé des dessins remarquables de petits cristaux qui y ont été trouvés. Ils sont très riches en faces et brillants ; ils constituaient une source d’études au goniomètre. Quelques spécimens sont conservés dans les musées.

Les cristaux récoltés au début du 20ième siècle au filon Saint-Sylvestre, à Urbès, ont, eux aussi, inspiré Henri Ungemach qui a été, peut-être, le plus grand minéralogiste alsacien. Cet ingénieur des mines était non seulement un cristallographe hors pair, mais aussi un fin collectionneur. Il a récolté, dans ce filon, des cristaux, semble-t-il très beaux, pouvant atteindre 7 centimètres. La majeure partie de sa collection a, malheureusement, été détruite pendant la seconde guerre mondiale et seuls quelques échantillons sont parvenus jusqu’à nous. Ils laissent penser que Urbès est, pour l’espèce, un gisement de classe internationale.

Titanite & chondrodite : La titanite et la chondrodite, espèce beaucoup plus rare en France, ont été trouvées en cristaux, de quelques millimètres à un centimètre tout au plus, à la carrière à chaux de Saint-Philippe. Ce site exploitait un beau cipolin dans le vallon du même nom, à l’Altenberg, Sainte-Marie-aux-Mines.

Topaze : Un joli petit cristal a été récolté à Framont avec les phénakites. Ce spécimen, toujours unique, est signalé par Monet, puis repris par Lacroix.

Tourmaline « schorlite » : Comme nous l’avons vu, il y a quelques maigres filons pegmatitiques et aplitiques dans les granitoïdes vosgiens. Ceux-ci montrent parfois des prismes ou des baguettes rayonnés noirs qui tapissent des fissures. On en trouve à Katzenthal*6, Ospenkopf, et surtout dans la forêt de Sewen.

Tyrolite : De belles lamelles à bords carrés, nacrées, d’un bleu-vert caractéristique, étaient fréquentes dans les mines du filon Saint-Jean, Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines. Quelques cristaux épais, dépassant le centimètre, sont particulièrement bons pour l’espèce, même si, paradoxalement, ils sont moins beaux car les lamelles bleues, empilées sur une grande épaisseur, les font paraître presque noirs… C’est sans doute le meilleur gisement français pour l’espèce.

Vanadinite : (voir à pyromorphite). Le BRGM a découvert des amas cristallins de ce qui semble être une solution solide* de vanadinite et pyromorphite.

Whewhellite : Cet oxalate de calcium, qui fait partie de la classe des organiques comme l’ambre ou la mellite, compose les calculs rénaux humains. Il est surtout connu dans des filons sidéritiques encaissés dans des séries charbonneuses (mines de charbon du nord de l’Allemagne et Tchéquie). La mine Saint-Sylvestre, à Urbeis, qui se situe dans un contexte géologique comparable (schistes ampéliteux) est un gisement mondialement connu pour l’espèce ; toujours grâce aux travaux du minéralogiste Ungemach. Les cristaux conservés dans les musées peuvent être remarquables, soit très grands et pierreux (5 centimètres et plus), soit centimétriques, mais très purs, limpides, et riches en faces. C’est le meilleur gisement français pour l’espèce.


Xanthoconite : Ce minéral rare fait partie du groupe des « argents rouges », sulfosels d’argent. Il a été trouvé de temps à autre en beaux petits cristaux millimétriques, hexagonaux, orangés, dans le filon Saint-Jacques, Neuenberg, Sainte-Marie-aux-Mines.

Les cristaux trouvés dans la galerie moderne du Wilhemstollen (toujours au filon Saint-Jacques) ne se sont pas conservés car leur gangue de marcasite est instable.

La xanthoconite clôt ce panorama de la minéralogie des Vosges.


Conclusion

Pour conclure ce panorama de la minéralogie du massif des Vosges, essayons de dresser un bilan des espèces marquantes de cette région et de les replacer dans un contexte plus général.

Espèces de niveau international (pour la rareté et/ou pour l’esthétique) :

Arsenic natif, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Chalcopyrite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Dervillite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Fluorite, Sewen ;

Langite, Framont ;

Lautite Sainte-Marie-aux-Mines ;

Monohydrocalcite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Picrophamacolite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Autres arséniates calcomagnésiens, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Mrazeckite, Brezouard

Pararammelsbergite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Richelsdorffite, Trienbach-au-Val ;

Tétraédrite, Saint Sylvestre à Urbeis ;

Tyrolite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Whewhelite, Saint Sylvestre.


Espèces importantes au plan national :

Mixite/agardite, Val d’Ajol ;

Allophane, Giromagny ;

Ankérite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Aragonite, Framont, Herenstub et Sainte-Marie-aux-Mines ;

Argent natif, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Argentite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Argentopyrite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Azurite, Osenbach et Maxonchamp ;

Babingtonite, Rossberg ;

Calcite, Sainte-Marie-aux-Mines et Durlinsdorf ;

Cérusite, La Croix-aux-Mines et Steinbach ;

Chalcophyllite, Val d’Ajol et Sainte-Marie-aux-Mines ;

Clinoclase, Val d’Ajol et Sainte-Marie-aux-Mines ;

Cornubite/cornwalite, Sainte-Marie-aux-Mines et Val d’Ajol ;

Emplectite, Brezouard ;

Érythrite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Fluorite, Maxonchamp, Bergheim, Giromagny, Steingraben (Urbes) et Urbeis ;

Gœthite, Framont et Sewen ;

Grenat, Raon l’Étape ;

Gypse, Wattwiller ;

Hématite, Saphoz, Brezouard, Framont, Rimbach et Sewen ;

Hémimorphite, Katzenthal ;

Langite, Mollau ;

Löllingite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Malachite, Mollau ;

Manganite, Haut-Poirot ;

Molybdénite, Château-Lambert ;

Phénakite, Framont ;

Pectolite, Raon l’Étape ;

Proustite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Pyromorphite, Katzenthal, Maxonchamp, Steinbach et La Croix-aux-Mines ;

Scheelite, Framont ;

Skutterudite, Sainte-Marie-aux-Mines ;

Stolzite, Giromagny ;

Tétraédrite, Framont et Sainte-Marie-aux-Mines ;

Xanthoconite, Sainte-Marie-aux-Mines.

On comprend tout de suite l’importance de la minéralogie vosgienne, d’autant plus que d’autres espèces, non citées dans ces listes, seraient dignes de figurer dans nos vitrines. Par contre, le problème principal de cette minéralogie est la faible quantité de spécimens récoltés dans les découvertes récentes (hormis certains gisements comme Saphoz ou Rimbach). Ces échantillons sont rares, donc précieux (je ne parle pas au sens pécuniaire…). Ce n’est pas par hasard que les Vosges sont le point  de départ de beaucoup d’événements de la minéralogie de la France : la réouverture d’anciennes mines, la création de l’archéologie minière, la publication de bulletins scientifiques avec la collaboration d’amateurs et de scientifiques, des musées régionaux institutionnels ou privés, et la plus grande et la plus ancienne bourse minéralogique de France. C’est malheureusement ici aussi que des mouvements extrémistes anti-minéralogie sont nés, avec des conséquences que nous payons tous encore. Il faut mépriser ces pauvres gens et continuer sans fléchir notre pratique qui est la seule manière de développer, protéger et promouvoir le patrimoine minéralogique français !                                                      

Remerciements : Jacques Grandemange, Jean-Luc Hohl, Michel Schwab, et Frédéric Latil.

Gluck Auf* !

Alain Martaud, juin 2012


Notes de l’auteur :

1 : L’amincissement crustal, au niveau du fossé, augmente très fortement le gradient géothermique.

2 : Galerie qui sera datée plus tard (par dendrochronologie sur une anse de panier) du 11ième siècle.

3 : Technique du feu (abattage).

4 : Agricola.

5 : Grès fin, rose et ocre, oligocène, à l’origine de très beaux monuments alsaciens.

6 : Localité homonyme, mais différente de celle la pyromorphite et située plus au sud.

Notes ajoutées : (dans l’ordre du texte)

Kaiserstuhl : littéralement, le « trône de l'empereur ».

Carbonatites : ce sont des roches issues de magmas alcalins qui contiennent au moins 50 % de carbonates, et qui se distinguent chimiquement des roches carbonatées sédimentaires par un enrichissement en Nb, Zr, Ti, U, Th, Sr et en terres rares légères (Jébrak et Marcoux, 2008). Elles ont été décrites pour la première fois en 1895 à Alnö, en Suède. Bien que l’on en connaisse une bonne centaine de par le monde, elles sont rares actuellement, puisque le seul exemple actif de formation de carbonatites est le volcan Ol Doinyo Lengaï, situé entre le Kenya et la Tanzanie. Les carbonatites, très noires au moment de leur épanchement, deviennent blanches en refroidissant ; ce phénomène est lié à la cristallisation de la calcite (Jébrak et Marcoux, 2008). [Référence : Jébrak, Michel et Éric Marcoux (2008), Géologie des ressources minérales, Association géologique du Canada, Ressources naturelles et Faune Québec, Gouvernement du Québec, pages 242-246].

Moho : le « Moho » – discontinuité de Mohorovicic – est la limite entre croûte et manteau terrestres, c’est-à-dire entre le « visqueux » et le « solide ».

Le graduel de Saint-Dié : « Les mines de la Croix d’après le graduel : réalité ou décor ? Les miniatures de ce folio suggèrent leur comparaison avec le graduel utraquiste*  et  réalisé en 1490 par l’enlumineur Matthäus pour l’église de Kutna Hora près de Prague (Vienne, Österreichische Nationalbibliothek) et avec l’antiphonaire de 1471 de cette même ville (Prague, Knihovna Národní galerie), dans lesquels la page de titre est consacrée entièrement aux mines de cette célèbre et riche ville minière. Elles appellent encore plus directement leur confrontation avec les dessins réalisés en 1529 par Heinrich Groff pour décrire l’activité de la Rouge Myne de Sainct Nicolas de la Croix* (Paris, École nationale des Beaux-Arts). [Citation : Pierre Francis, Art de l’enluminure n° 26, sept/oct/nov 2008, pages 62-67. ISSN : 0758413X].

* Utraquiste : les partisans de Jan Hus, réformateur religieux tchèque de la fin du 14ième siècle, ou hussites, se divisèrent en utraquistes ou calixtins, réclamant pour les fidèles l’usage du calice et la communion sous les deux espèces [sub utraque], et taborites (souvent perçus comme l'expression d'une jacquerie s’opposant à la majorité utraquiste, ils tirent leur nom du bourg de Tábor en Bohème)…

* Rouge Myne de Sainct Nicolas de la Croix : ce recueil a fait l’objet d’un petit livre publié il y a quelques années…

Montagne : À cette époque, « montagne », ou « montaigne », est encore synonyme de mine, tout comme Berg, en allemand, désigne aussi bien la montagne que la mine ; « alp » étant synonyme de lieu élevé, montagne… les « fossiles » sont les matières tirées de la « fosse » ; la « mine », ce qui a été « miné »…

Steinbach : « ruisseau de pierre », le village est traversé par un ruisseau nommé Erzenbach, « ruisseau des minerais ». Tout rappelle l’existence des mines auxquelles Steinbach doit d’avoir accéder au statut de commune en 1869.

Invasion des troupes suédoises : Lors de la guerre de 30 ans. Elle entraîne la mise sous tutelle des mines en 1633…

Monet : Antoine-Grimal Monet (Champeix 1734 – Paris 1817) Chimiste autodidacte, envoyé en Allemagne par Trudaine pour se perfectionner en minéralogie… Il fut nommé, en 1776, inspecteur-général des mines, avec Jars et Duhamel. Mis à la retraite en 1802.

Guettard : Jean Étienne Guettard (Étampes 1715 – Paris 1786) Étudie la botanique avec Bernard de Jussieu, puis la minéralogie avec Réaumur, étudie la médecine à partir de 1742 tout en étant adjoint botaniste à la faculté des sciences. Il devient garde du cabinet d’histoire naturelle du duc d’Orléans, dont il est le médecin… Il s’intéresse à la géologie et à la paléontologie, voyage – en France et à l’étranger – et reconnaît, dès 1756, l’origine volcanique de certaines montagnes d’Auvergne…

Lavoisier : Antoine Laurent de Lavoisier (Paris 1743 – Paris 1794) Chimiste, biologiste, agronome, météorologue, minéralogiste, économiste, financier, industriel, administrateur, juriste (et son épouse, son aide et collaboratrice scientifique, dessinait, traduisait les ouvrages anglais, écrivait et publiait les mémoires de son mari, etc. !) En 1767, il travaille avec Jean-Étienne Guettard, à une étude géologique de l’Alsace et de la Lorraine…

Stibine : Stibnite dans la nomenclature imposée par l’I.M.A.

Daubrée : Gabriel Auguste Daubrée (Metz 1814 – Paris 1896) Promotion X 1832, puis École des Mines. Il commence sa carrière d’ingénieur des mines en 1834 ; dirige les mines du Bas-Rhin à partir de 1838, puis professe la minéralogie et la géologie à la faculté des Sciences de Strasbourg. Ingénieur en chef des mines en 1859 ; en 1861 il est professeur de géologie au MNHNP, membre de l’Académie des Sciences. En 1862, il devient professeur de minéralogie à l’École des Mines de Paris ; il en sera le directeur à partir de 1872…

Ungemach : Henri Léon Ungemach (Strasbourg 1882 – Strasbourg 1936)
 Ingénieur-chimiste alsacien, docteur en minéralogie, mena toute sa vie d’importantes investigations en minéralogie et en cristallographie, explorant de vastes régions du monde (Amérique du Nord, Alsace, Maroc, Madagascar, Ethiopie). Secrétaire de la Société Française de Minéralogie de 1919 à 1934. Il passa les deux dernières années de sa vie à étudier les formes cristallines.

Gabe Gottes : littéralement, « Don de Dieu », c’est dire la richesse !

Anthodites : terme initié par N. Kashima en 1965, du grec anthos, fleur, et du suffixe ite, pour décrire certains types de spéléothèmes (concrétions karstiques) à apparence de fleurs pouvant être composés d’une alternance de calcite et d’aragonite en fines aiguilles radiantes. La plupart des anthodites, « orchidées du règne minéral », sont composées d’aragonite, quelques-unes sont de gypse…

Chambre chaude : Comme il est dit à l’article « pyrite », la décomposition de ce minéral est exothermique ; les mineurs des siècles passés, dans leur langage imagé, parlaient de « chambre chaude » lorsqu’ils exploitaient de ces amas pyriteux en voie de décomposition dans quelque type d’exploitation qu’ils les rencontrent (fer, combustibles minéraux, …).

Brèche : de l’italien breccia, pierre cassée ; roche formée, pour 50 % au moins, d’éléments anguleux de roches, de dimensions supérieures à 2 mm, pris dans un ciment… Une brèche tectonique, ou brèche cataclastique, est une brèche, non sédimentaire, résultant d’une fragmentation de roches dans un contact tectonique ; les débris ont été cimentés sur place par un ciment cristallin, de précipitation chimique, à partir des eaux qui circulent – facilement – dans la zone broyée…

Solution solide : cristal homogène dont la composition et les propriétés sont intermédiaires entre deux ou plusieurs pôles purs. Exemples, les plagioclases, feldspaths sodicalciques, s’étagent du pôle sodique (l’albite) au pôle calcique (l’anorthite) ; un grenat est une solution solide, généralement de trois pôles théoriques* : x % almandin + y % grossulaire + z % pyrope (avec x + y + z = 100).

* Pôles théoriques : car chez les grenats, il n’existe pas dans la nature de pôle pur à 100 % …

Glück Auf : « … expression issue du dialecte du Ruhrgebiet. Les mineurs employaient cette expression pour se souhaiter bonne chance avant de descendre dans la mine - d'où il était fréquent de ne pas remonter vivant. Cette expression est de nos jours une sorte de mélange entre bonne chance, bon courage et bonne continuation. » (note extraite de Herbert Grönemeyer – Bochum, sur : http://www.insolied.com/bochum.html). (Bochum fut un important centre d’extraction du bassin de la Ruhr et je crois me souvenir de la présence d’un très beau musée de la mine… Ruhrgebiet = région de la Ruhr).


Image extraite du Graduel de Saint-Dié

Sélection bibliographique

- Monet (vers 1780) Septième voyage minéralogique dans les Vosges. Manuscrit, bibl. École Nat.  Sup. des Mines, Paris.

- Bari Hubert (1982) Minéralogie des filons du Neuenberg à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin), Bull. Pierres et Terre, 23-24.

- Fluck P. et Stein S. (1992) Espèces minérales de principaux districts miniers du massif vosgien, Bull. Pierres et Terre, 35.

- Hohl J.L. (1994) Minéraux et mines du massif vosgien, Éditions du Rhin.

- Hohl J.L. (2007) Le grand livre des minéraux d’Alsace, Éditions La Nuée Bleue.

- Fluck P. (2000) Sainte-Marie-aux-Mines, les mines du rêve, Éditions du Patrimoine minier.

- Association minéralogique Potasse (2008) Mines, mineurs et minéralogie au Silberthal ; 2e édition.

- Fluck P. et Weil R. (1975) Géologie des gîtes minéraux des Vosges, mémoire du BRGM 87.

- Daubrée. A. (1852) Description géologique et minéralogique du département du Bas-Rhin.

- Lacroix A. (1893) Minéralogie de la France et de ses territoires d’Outre-Mer, 6 Vol.

- Revue Pierres & Terre, N° 1 à 36, 1975 à 1996.



 

 

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