Club de minéralogie de Chamonix

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Epidote du Cornillon



 Les épidotes du Cornillon et autres fentes alpines.

Jean-François Astier

 


Lorsqu’on emprunte la N 91 de Grenoble à Bourg d’Oisans, le village de Séchilienne marque de façon très nette le passage des micaschistes aux amphibolites. À partir de là et jusqu’au hameau de Rochetaillée, toutes les falaises, rive droite comme rive gauche de la Romanche, sont susceptibles de contenir des fentes cristallisées. Mais leur présence est rare et leur prospection demande des qualités certaines de montagnard.

 On peut citer brièvement quelques gisements découverts principalement dans les années 1980 et 1990 :

Rive droite, côté Belledonne :

• Bachat-Bouloud : Ce drôle de nom est l’appellation d’un complexe de centres de vacances situé près de la station de Chamrousse. On y a trouvé de magnifiques cristaux d’axinites (de plusieurs cm, gemmes), à mon sens les plus beaux au monde. La seule poche trouvée était traversée par des racines de pin et donc très abîmée. Très peu de pièces. Tout travail est inimaginable vu l’emplacement.

 • Un beau gisement d’association épidote-axinite au Rocher de l’Homme, du moins par la qualité des indices trouvés. Mais aucune géode ne fut découverte. Filon rectiligne sans aucun décrochement. Aucune pièce digne d’intérêt.

• La très grosse “marmite” d’épidote près du col de l’Infernet qui a fourni de nombreux échantillons.

• Les Vans : très belle association axinite-épidote, d’une fraîcheur remarquable. Très peu de pièces. Épidotes gemmes disséminées sur amphibolite avec axinites gemmes centimétriques. Une pièce est visible au Musée de Bourg d’Oisans.

• ”Les gendarmes” (près des Vans) : souvent les pièces de ce gisement sont mal étiquetées. « Les gendarmes », ce terme signifie, en fait, des tourelles surplombant les vallées et se détachant ainsi des crêtes de façon remarquable. Ce site comprend plusieurs filons d’épidote, dont une faille verticale qui a donné de belles associations avec le quartz.

Ensuite, nous arrivons au Pic de la Fare, qui fait face au Cornillon, et qui reste, sans doute, à prospecter.

Rive gauche, côté Taillefer :


À ma connaissance, il n’y a aucun gisement important, pour l’instant, dans ces falaises surplombant la Romanche, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait rien. La prospection est délicate vu la raideur des pentes et la végétation. On y rencontre quelques filons d’épidotes. Pourtant, la zone est vaste, et par  endroits, la couleur et la structure des amphibolites attirent le regard du cristallier.

Puis vient le secteur du Grand Galbert-Le Cornillon, avec tout d’abord le couloir de l’Infernet, d’approche difficile, où l’on rencontre des filons d’épidotes puis une série de combes et de crêtes qui mènent au sommet du Cornillon, magnifique belvédère sur la vallée de l’Eau d’Olle, Bourg-d’Oisans, le massif des Rousses, Les Écrins.

Comme dans les autres massifs, seule l’exploration des cristalliers permet la découverte ou redécouverte de gisements et ce n’est que cette pratique assidue de la montagne hors des sentiers battus qui finit par donner des résultats et ainsi alimenter les collections publiques et privées avec des spécimens pertinents.

L’exemple du Rocher d’Armentier est éloquent dans le sens où la redécouverte de ce fameux gisement d’axinite, exploité par Napoléon Albertazzo (1842-1895) à été repéré depuis les mines de La Gardette, situées juste en face. Les découvreurs savaient qu’ils n’avaient pas encore prospecté cette zone et ils s’y précipitèrent. Il en va de même pour les gisements du Cornillon.

Le cristallier ne prospecte pas au hasard dans ces grandes étendues. Il est sensible à plusieurs éléments qui vont déterminer si les heures de marche où d’escalade sont susceptibles d’être porteuses de découverte :

• la configuration du terrain : paroi “travaillée” comportant des ressauts, des vires et ces fameux “gendarmes”,

• la couleur des amphibolites, la présence de gabbros, les traces de rouille, de manganèse,

• la présence de “marmites” où « fours » quelles que soient leurs dimensions. La plupart de ces cavités sont stériles (eh oui...) ou très peu cristallisées, mais leurs présences indiquent toujours une zone à prospecter correctement,

• les miroirs de faille.

Le site des pièces d’épidotes du Cornillon trouvées ces dernières années est comparable au gisement classique dont les spécimens ont fourni les musées alpins. Il se situe dans la même zone quoique l’accès y soit bien plus acrobatique.

 

 

La fente horizontale située en paroi s’étire sur une quarantaine de mètres et comprend plusieurs cavités, ouvertes sur la falaise et de dimensions assez importantes (on peut s’y allonger). Le filon d’épidote et quartz serpente au fond de ces trous, mais ces géodes ouvertes ont perdu depuis longtemps leur contenu et les pièces que l’on peut encore y trouver sont très altérées. Creuser au-delà de ces géodes demanderait un travail acrobatique très important et périlleux à tout point de vue.

Heureusement, à un endroit précis, il a été possible de suivre le filon en avançant en profondeur grâce à une roche fragilisée ne nécessitant pas de moyens lourds.

La chance veut, qu’à cet endroit, le filon décroche, c’est-à-dire que la fente recueillant la cristallisation a subi des contraintes, des plissements, qui ont favorisé la création d’espaces plus importants, permettant aux cristaux de se développer. On note d’ailleurs de beaux plissements d’amphibolite juste au-dessus des poches à cristaux.

Une quinzaine de cavités se sont succedées dans ces décrochements. Leurs dimensions étaient en moyenne de 30 cm sur 30 cm et de 3 à 10 cm d’ouverture.

L’espacement entre deux poches peut être de 3-4 cm jusqu’à 1 m. Entre les deux, le filon se présente en masse d’épidote vert clair, sans consistance. Puis il devient beaucoup plus sombre et les premiers cristaux apparaissent. Le pincement du filon, entre deux poches, peut se réduire jusqu’à une disparition complète.

Lorsque le filon, horizontal au départ, s’incline fortement presque à la verticale, on note la présence de quartz, soit flottant dans les cavités, soit cristallisé sur le miroir de faille.

 


Les dimensions des pièces peuvent atteindre 30 cm par 30 cm pour les plus importantes. Il s’agit alors de l’ensemble du sol ou du plafond de la cavité. On note, dans les géodes d’ouverture importante, des spécimens flottants.

Les cristaux d’épidote mesurent jusqu’à 5 cm pour les plus grands et possèdent deux sortes de terminaisons, l’une tabulaire aux formes nettes, l’autre prismatique. Ces deux terminaisons se rencontrent sans règles précises et peuvent se trouver l’une à côté de l’autre.

Les cristaux de quartz, quand à eux, peuvent atteindre 10 cm et contiennent parfois des fantômes de chlorite. Ils peuvent aussi se présenter sous forme de petits quartz à âmes.

Bonne chance à tous les cristalliers-explorateurs.

    Jean-François Astier 2009.

    

 


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